4ème dimanche du temps ordinaire – Père Bordarier.

Je ne sais pas si vous avez remarqué le changement d’auditoire dans la première ligne du texte. On nous parle d’abord d’une foule qui suivait Jésus. Et à la ligne suivante, on nous dit que les disciples s’approchèrent.

C’est d’abord la foule qui est intéressée par Jésus. Elle se pose des questions à son sujet…il pose question. Et la foule aime ces personnages un peu extraordinaires, hors du commun : Elle aime les miracles.

Elle aime ce qui est insolite et qui la fait sortir du train-train quotidien.

Mais ce sont les disciples seuls qui peuvent entrer dans ce cœur à cœur avec le maître et entendre le centre du message.

Autrement dit, selon la promesse, c’est toute la foule qui doit être heureuse, mais les disciples, parce qu’ils ont répondu à l’appel de Jésus, sont heureux dès maintenant.

Ils sont heureux parce qu’ils sont libérés. Libérés de leur avoir. La joie est le fruit de la liberté. Le Royaume des cieux est à eux avant qu’il le devienne pour les autres.
Le Royaume des cieux est à eux, car ce sont des hommes libres.

Jésus veut leur dire – à eux – combien ils ont eu raison de faire le choix qu’ils ont fait. Il vient leur dire qu’ils sont sur le bon chemin. Et que, quelques soient les vicissitudes futures, le Royaume, c’est à dire le bonheur, leur appartient.

En instruisant ses disciples, Jésus vient nous instruire, nous aussi.

Parce que, aujourd’hui, voilà ce que nous sommes fondamentalement, nous les chrétiens : le peuple des Béatitudes, c’est à dire cette portion de l’humanité envoyée pour manifester que le bonheur, il se trouve de ce côté là.

Nous ne sommes pas majoritaires, nous ne sommes pas meilleurs que les autres, mais nous sommes envoyés pour dire par nos paroles et par nos actes que le bonheur n’est pas où le monde le met trop souvent.

Les disciples sont d’une certaine manière, préposés aux Béatitudes.

Et les Béatitudes sont un chemin de bonheur, voilà ce qu’est en train de dire Jésus à ses disciples : par le choix que vous faites, en marchant à ma suite, vous entrez dans la voie qui nous mène à la vie en abondance, puisque vous répondez à la véritable vocation qui est la vôtre.

Vous avez été créés pour le bonheur.

Suivre le Christ aujourd’hui, c’est emprunter le chemin qui nous mène à la vie en abondance. Ce n’est pas un chemin piégé, mais c’est celui où l’homme se trouve en harmonie parfaite avec lui- même, en harmonie aussi avec ses frères et avec son créateur.

Les pièges, ils se trouvent sur les chemins de traverses mais pas sur la route des Béatitudes.

Cet évangile est choisi chaque année pour la fête de la Toussaint. Ce n’est pas un hasard. Ce jour-là, nous contemplons tous ceux qui ont fait le choix radical du disciple. Ce sont les grands… on les appelle les saints !

Ils nous disent par leur vie que le bonheur n’est pas dans la possession, dans la violence ou dans la haine. Mais qu’il est pour ceux qui se compromettent du côté de la justice, pour ceux qui ne sont pas esclaves de leur compte en banque ou de leur désir de vengeance.

N’oublions pas, mes amis : les béatitudes ne sont pas des pièges, mais des certitudes de bonheur.

…et peut-être d’ailleurs que le bonheur que nous connaissons est proportionnel à la manière dont nous nous exposons au feu des Béatitudes.

Dernière chose : les propositions concurrentes sont nombreuses et tenaces.

On nous en rabat les oreilles et on nous en fatigue les yeux à longueur de journée. Le choix est parfois difficile : seul le compagnonnage avec le Christ peut nous garder dans la fidélité.

Voilà à quoi nous sommes conviés : à redire notre confiance en celui qui nous ouvre le chemin de la vie en abondance.

Comme les disciples de l’Evangile d’aujourd’hui, approchons-nous du Christ. Laissons-nous séduire par son message et laissons le nous conduire jusqu’aux sources vives…jusqu’au bonheur qu’il promet à ceux qui mettent leurs pas dans les siens.

Le chemin n’est pas facile, c’est vrai.
Les tentations sont nombreuses,
Et les sollicitudes envahissantes. Bien sûr.

En méditant ces Béatitudes dans les jours qui viennent, je vous invite à avoir en mémoire cette belle phrase d’André Malraux. Il l’a prononcée au plateau des Glières, ce haut lieu de la résistance :

« l’avenir appartient à ceux qui auront su dire non !

..non à toutes les facilités, à trous les égoïsmes, à toutes les bassesses et à toutes les vengeances. Ceux-là se trompent de bonheur !