4° ordinaire – année C

Regardez comme c’est étonnant dans cet Évangile : En quelques lignes, on passe de l’admiration à la colère.

Au début « tous lui rendaient témoignage et ils s’étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche. C’est l’admiration …

Et dix lignes plus loin « A ces mots, tous devinrent furieux…ils poussèrent Jésus hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement pour le précipiter en bas… » … une grande colère puisqu’on veut tuer Jésus !

Qu’est-ce qu’il a dit, qu’est-ce qu’il a fait pour susciter une telle sanction?

Il a dit que sa mission ne s’arrêtait pas aux frontières de son pays ou de son peuple, mais qu’il était envoyé pour que partout la Bonne Nouvelle soit annoncée.

Et en disant cela, il s’appuie sur la Tradition à laquelle il appartient.

– C’était au temps du prophète Élie. Il avait multiplié les pains et l’huile en faveur d’une étrangère dans la terre païenne de Sarepta.

  • C’était aussi au temps d’Élisée. Il avait guéri de sa lèpre un général Syrien venu à sa rencontre en terre d’Israël.

Cette veuve de Sarepta et ce général Syrien sont comme les chefs de file de tous ces païens qui connaissent la libération. Isaïe l’avait annoncé. Avec Jésus, elle se réalise. Elle devient effective.

Je voudrais vous proposer deux pistes de réflexion à partir de ce passage de l’évangile.

La première, c’est pour vous faire remarquer que l’on est probablement souvent dans la situation des Juifs : à rejeter le prophète dont la parole nous remet en question.

Comme eux, nous connaissons Jésus. On ne dit plus « fils de Joseph » mais «fils de Dieu »…on prétend le connaître et on sait beaucoup de choses sur lui.

Mais bien souvent, est-ce qu’on n’attend pas qu’il mette sa puissance au service de nos intérêts ou de nos certitudes. Et dans la mesure où il se dérobe à nos désirs ou le conteste, nous ne le recevons pas. Comme les habitants de Nazareth.

Il n’est pas facile d’être prophète sans doute. Et la première lecture nous le rappelle à propose de Jérémie.

Mais il n’est pas facile non plus d’entendre le prophète et de reconnaître en ses paroles les mots de la vérité. Des mots qui déstabilisent bien souvent. Des mots qui remettent en question.

Des mots dont on pressent qu’ils sont des mots justes… mais les laisser nous façonner demanderait un tel dépaysement, un tel changement de mentalité, une telle conversion qu’on se détourne bien souvent. Ou qu’on essaie de liquider le prophète. En disant qu’il est fou, par exemple…ou en proclamant que ce n’est pas réaliste… et qu’on ne peut pas le suivre quand même !!

Et puis, et je termine par là : le prophète, c’est celui qui nous emmène à l’essentiel.

C’est celui qui nous appelle à ne pas nous tromper de bonheur. Le contraire du prophète, c’est celui qui s’intéresse à la superficie des choses, c’est l’homme du paraître et du dérisoire. C’est celui qui finalement ne prend pas sa vie au sérieux.

Voilà l’appel peut-être : A accueillir ceux qui aujourd’hui nous appellent à vivre vraiment. Accueillir ceux qui nous disent des paroles de vie…même si elles ne sont guère conventionnelles ou à la mode….ça implique confiance…et liberté.

Ça implique que les oreilles et le cœur soient ouverts comme pour la veuve de Sarepta… comme pour Naaman le Syrien.

C’est cette ouverture, cet accueil et cette liberté que nous pouvons nous souhaiter les uns aux autres.

Être libres pour répondre à l’appel de l’Évangile… même si ça nous étonne ou nous contrarie ou nous remet en cause ou si ça bouscule notre manière de voir !

C’est l’Évangile qui doit nous servir de repère et pas nos habitudes ou nos traditions. C’est l’Évangile – c’est-à-dire le Christ – qui rend libres !