Homélie 24/03/2019 Luc 13,1-9

Ah ! ce figuier au milieu des vignes … Comme il nous ressemble ! Pourtant, il était planté au milieu d’une vigne bien entre-tenue… Pourquoi ne pousses-t-il pas bien ? Pourquoi ne donne-t-il pas de figues ?

On peut alors comprendre que le « quelqu’un » de la parabole veuille le couper. Comme dans notre société, pas de rende-ment, pas de raison d’être…

Et pourtant…si on lui laissait une chance ; peut-être qu’avec de l’engrais, il va repartir, retrouver de la vigueur et donner de belles figues…

Pourquoi ne le coupe-t-on pas ?…Parce que le viticulteur l’aime, cet arbre ; parce que rien n’est jamais perdu. Il espère, il croit en lui. Vous voyez venir la comparaison…

Ce figuier, c’est nous, c’est mon prochain à certains moments de sa vie. Je crois profondément que des hommes, des femmes, des enfants, même abîmes par la vie, donnent du fruit quand ils sont respectés, reconnus, aimés.

Et c’est quoi, cet engrais qui va permettre de donner du fruit ? Vous, les CM1 qui venez déposer votre demande de première des communions, vous le connaissez cet engrais, il a un nom : l’évangile, celui que vous découvrez au KT, celui que vos viticulteurs de catéchistes vont font découvrir… L’évangile, la Bonne Nouvelle !

Et si nous, communauté chrétienne, nous étions une vigne qui entoure le figuier pour qu’il renaisse ? Et si nous, communauté chrétienne, nous étions cet engrais qui permettra à ces enfants de grandir dans la foi ? Belle mission, non ?

Appuyons nous sur l’évangile, sur ce Jésus qui est venu nous dire que son Père est un Dieu d’amour.

Mais alors, qui est Dieu ? C’est la question de Moïse, dans cette belle rencontre avec le buisson ardent. « Qui es-tu ? » Et la voix lui répond « Je Suis qui Suis ».

Le mystérieux personnage que Moïse ne voit pas lui parle…Un Dieu qui parle… Qui lui donne une mission…Un Dieu qui envoie…Moïse, pour aller délivrer son peuple… et nous, pour faire pousser les arbres !

Oui, notre Dieu, nous ne le voyons pas. Nous l’écoutons, nous l’annonçons…

Il y a quelques années, lors d’une retraite avec des jeunes de 4ème 3ème, nous leur avions demandé de dessiner Dieu…un Dieu barbu, un Dieu lumière, un Dieu assis sur un trône,. Les images étaient nombreuses et riches. Essayez de le faire pour vous-même !

Pour parler de Dieu, nous en sommes souvent réduits à employer des images, des comparaisons, des approximations : le Sauveur, le Libérateur, le Père, le juge de la fin des temps,… En tout cas, il ne sera jamais un Dieu qui dirige l’univers selon une logique de punitions et de récompenses.

La parabole que Jésus nous offre aujourd’hui nous dit quel-que chose d’essentiel sur ce Dieu qui est son Père et qu’il vient nous révéler : Dieu est celui qui nous espère.

Comme le viticulteur qui espère malgré tout que le figuier planté dans sa vigne, va enfin donner des figues. Il est décidé, pour cela, à apporter encore et encore de nombreux soins à cette arbre chétif. C’est ainsi que Dieu nous espère. Dieu ne désespère jamais de nous. Voilà un chemin de conversion.

Pour vivre cela, nous avons un compagnon de route : Jésus-Christ, le ressuscité. C’est Lui qui nous dit le mieux qui est Dieu. Pendant sa vie terrestre, il s’est confronté au mal, à la souffrance ; il l’a subi, jusqu’à la mort. Et il nous a laissé une conviction : le mal ultime, à savoir la mort, n’a plus le dernier mot. Cela s’appelle la résurrection !

C’est elle qui nous pousse à affronter tout ce qui se présente dans l’existence. Vivre avec cette conviction n’évite pas d’éprouver la souffrance, la douleur d’une séparation ; elle don-ne de la force et du courage ; C’est déjà ça mais c’est déjà maintenant !

Dans ma foi, je crois que Dieu pleure avec ceux qui pleurent, qu’il souffre avec ceux qui souffrent. Qu’il est heureux avec ceux qui portent du fruit.

Mais je crois aussi qu’il est avec nous quand nous luttons pour plus de justice, plus de solidarité, plus de fraternité en actes. Quand nous mettons de l’engrais dans ce monde chahuté, dans notre Église secouée.

Nous avons acquis assez d’expérience et de savoir-faire pour que nous soyons, à côté de Dieu, des créateurs d’un monde plus sûr, plus juste, plus vivable. Voilà encore un chemin de conversion !

Seigneur, comme dans le cœur de Moïse, allume en nos cœurs le feu de ton amour éperdu pour les hommes.

Envoie ton Esprit sur nos frères qui souffrent, qui sont exilés, démunis ou qui vient la précarité.

Que, dans nos communautés, se lèvent des hommes et des femmes au cœur brûlant, pour que les figuiers d’aujourd’hui portent du fruit, que la Bonne Nouvelle soit annoncée.

 

24 Mars 2019
Christian Pollet
Diacre permanent