4° dimanche de carême – année C

La maison était bien en ordre, tout était réglé : les enfants travaillaient, le père avait organisé l’héritage….

Et un jour, le jeune fils a tout cassé…il est parti. L’harmonie a été brisée…

Et puis l’équilibre est revenu…il restait un fils, solide et travailleur.

Mais le plus jeune va semer le désordre une seconde fois : le voilà qui revient.

Oh, il n’était pas exigeant : il voulait seulement une place de domestique – c’était dans l’ordre après tout : Il ne faut quand même pas exagérer !

Mais le père le couvre de baisers et organise la fête….sans en parler au frère aîné. Et d’ailleurs, on ne l’attend même pas pour commencer la fête.

Le père avait tout négligé : le partage, les règles de succession, l’ordre juridique.

L’amour bouleversait tout !

Nous sommes d’abord appelés à l’émerveillement : Dieu nous aime à l’image de ce père un peu fou qui néglige les lois, les habitudes et les convenances.

L’amour bouscule les personnes et l’ordre établi.

Au cours de cette semaine comme au cours de ce Carême – peut-être à l’occasion d’une démarche pénitentielle – puissions-nous nous réjouir d’être aimés de façon extraordinaire par Dieu.

Le Dieu de Jésus-Christ n’enferme personne dans son passé…il ne vient pas nous rappeler nos fautes pour nous abaisser ou pour justifier une correction…

Au contraire, il ouvre à chacun un avenir – il nous fait revivre…il nous « re-crée ».

Regardez le fils prodigue…Au lieu de l’enfermer dans son expérience de mort et dans son impasse, il va lui ouvrir l’avenir…il va lui permettre de revivre…parce qu’il l’aime.

Notre Dieu est amour. C’est à dire qu’il entretient avec chacun une relation de tendresse, qui appelle à vivre et qui ouvre un nouvel avenir.

Le Chrétien n’est pas celui que Dieu aime plus que les autres mais il est celui qui connaît cet amour, qui s’en émerveille et qui rend grâces.

Le chrétien, c’est aussi celui qui sait que sa vocation la plus juste, c’est de vivre à l’image et à la ressemblance de son créateur.

Autrement dit, nous ne sommes jamais aussi fidèles à notre vocation humaine que quand nous nous comportons à l’image et à la ressemblance de Dieu. C’est à dire quand nous sommes reflets et artisans de cet amour extraordinaire et un peu fou…de cet amour qui n’enferme pas dans un passé ou dans une expérience malheureuse.

de cet amour qui ne réduit pas l’autre à ses blessures ou à ses limites ou à son péché…

mais de cet amour qui est créateur. « Re-créateur ». C’est à dire qui permet à chacun de « re-vivre », de se remettre debout, de repartir changé et de pouvoir regarder l’avenir avec confiance.

C’est l’expérience que les parents connaissent bien. Et si on n’est pas tous parents, on a au moins, tous été enfants…c’est à dire que nous connaissons d’expérience en quoi l’amour est tendresse et en quoi il est créateur.

A l’image de Dieu, voilà à quoi nous sommes conviés : à aimer – non pas de façon un peu fade et superficielle – mais à donner à chacun la possibilité de renaître, de se remettre debout, et ainsi de bâtir un monde qui soit vraiment fraternel, non pour quelques-uns … mais pour que chaque être humain puisse vivre de manière digne.
Oui, c’est une belle perspective pour ce temps du Carême : que nous permettions à chacun de vire dignement… puisque chacun est comme nous, enfant de Dieu.