15° dimanche ordinaire – C –

 

Ce docteur de la Loi qui posait à Jésus la question, c’était un spécialiste. Et quand Jésus le renvoie à l’Ecriture, on découvre bien que c’est un homme qui s’y connait  puisqu’il présente une belle synthèse de la Loi en juxtapposant deux citations de l’Ancien Testament, (une du Deutéronome et une du Lévitique). Non seulement il connaît la loi mais il l’interprète admirablement. (aujourd’hui, on dirait « il jongle avec la Loi » !)

Et Jésus est sans doute séduit par cette présentation, et il ne peut qu’inviter ce légiste à mettre en pratique ce qu’il vient d’énoncer : « Fais cela et tu auras la vie ».

 

Et les choses vont un peu se corser. Quand le docteur de la loi va provoquer Jésus pour connaître quelle est la nouveauté de son message par rapport à cette question. « Qui est mon prochain ? »

Et c’est là que ça devient intéressant. Et surtout que ça devient nouveau. Jusqu’alors, dans la Tradition Juive, le prochain, c’est tout membre du Peuple juif à l’exclusion de l’étranger. Et c’est ici que Jésus fait ressortir  la nouveauté radicale de son message. Et l’étranger précisément va devenir le modèle de celui qui va conduire le docteur de la loi  à dépasser sa perspective étroite.

Jésus présente au docteur de la loi trois personnages : deux qui sont incontestablement son prochain : le prêtre et le lévite et un qui ne l’est sûrement pas. C’est le Samaritain. Et c’est celui qui n’est pas le prochain qui devient le modèle. C’est lui qui devient proche du blessé. C’est lui qu’il faut imiter : Fais de même !

 

Cette parabole – peut-être la plus connue de l’Évangile  –  nous montre le message de Jésus dans toute sa nouveauté. L’appel à aimer avait déjà traversé l’Ancien Testament, mais il se situait à l’intérieur d’un cadre : celui du peuple choisi…c’était les gens de son peuple qu’on devait aimer.

Et Jésus va dire : il n’y a plus de cadre, l’amour n’a plus de frontière. Et c’est celui qui était hors des frontières qui précisément va devenir le modèle de l’amour. Lui ne s’inquiète pas de savoir si le blessé  est de son peuple ou pas….Mais il va voir un homme qui souffre et il va s’en faire proche. Et c’est lui qui devient le modèle à imiter.

 

Nous avons tous des frontières à notre manière de vivre l’amour. Ces frontières que nous fixent la culture, les coutumes ou les a priori. Et Jésus vient nous dire : il n’y a plus de frontières établies mais c’est toi qui es appelé à faire le choix d’un amour sans frontières. C’est toi qui choisis d’être proche de celui qui souffre et qui a besoin de toi.

Vous direz : on ne peut pas aimer tout le monde et on ne peut pas secourir toute la misère du monde. Bien sûr. Mais le Samaritain n’a pas théorisé de cette manière : il a aimé celui qui avait besoin de lui et qui s’est trouvé sur sa route. Il n’a pas cherché d’alibi comme les deux qui l’avaient précédé sur la route de Jéricho. Lui n’a pas changé de trottoir mais il a buté sur la souffrance. Et il aimé celui qui avait besoin de lui.

 

Je termine en vous rappelant la dernière phrase de l’Évangile d’aujourd’hui « va, et toi aussi, fais de même ! » Il s’agit d’action. Cette question de la pauvreté et de la misère suscite de nos jours, beaucoup de réflexion, d’échanges et de débats ou de colloques…si les pauvres se nourrissaient de bonnes paroles et de belles analyses, il y a longtemps qu’ils n’auraient plus faim !

Mais ce à quoi Jésus nous invite, c’est à aimer en actes…sans frontières, sans a priori et sans limite !

A la suite du Samaritain, puissions-nous trouver moyens et occasions de nous compromettre du côté de ceux qui souffrent, qui attendent, qui peinent …de tous ceux que notre société risque de laisser croupir au bord du chemin.

Ce pourrait être un beau programme pour ces mois d’été :

Voir ceux qui sont tombés – les voir ! les aider à se remettre debout

Et découvrir ainsi  – si l’Évangile dit vrai – que c’est sans doute  le secret du bonheur !