16° ordinaire – Année C

 

Dans l’Evangile de Luc, cet épisode vient juste après la Parabole du bon samaritain. Rappelez-vous la semaine passée : ce bel exemple venu d’un Samaritain  – un étranger à la foi – et que Jésus nous présente comme celui qui est le plus proche de Dieu. A la différence du prêtre et du lévite qui eux s’en vont au temple et laissent le blessé sur le bord du chemin.

 Autrement dit, dans la parabole, Jésus fait l’éloge de celui qui a agi … qui a pris de son temps, de son argent pour se faire proche de celui qui était en état de détresse. Jésus ne fait pas l’apologie de ceux qui s’en vont au Temple offrir le sacrifice… loin de là !

 

Donc, on ne voit pas bien Jésus nous présenter le Samaritain comme modèle d’action charitable, de service réel, concret, efficace… Et juste après (dans l’Evangile d’aujourd’hui) nous dire que c’est dans la contemplation que l’homme trouve l’attitude la plus juste. Ça ne va pas cette manière de voir les choses : Et ce n’est pas – me semble-t-il –  le sens de cet épisode.

C’est ce qu’on risque toujours de faire quand on réagit à ce texte en disant : c’est facile de rester assis aux pieds de Jésus, de boire ses paroles en se croisant les bras pendant que les autres se remuent. On veut voir quelquefois dans ce texte, l’opposition entre la vie contemplative et la vie active… Mais l’Evangile ne nous entraîne pas sur ce chemin.

 

Cet épisode fait ressortir à mon avis qu’en chacun il y a la part de nous-mêmes qui est en contact avec le monde, la part de nous-mêmes qui agit. Et qui nous permet de transformer ce monde pour en faire un monde qui nous conduise vers le Royaume. C’est vrai du travail des soignants ou des intellectuels, mais aussi des manuels… de tous ceux qui ont à cœur d’aménager et de transformer le monde. D’en faire un monde qui soit plus beau, plus habitable, etc… Ca pourrait être  Marthe : Agir, être à la cuisine…

Et Marie, ce serait la part de nous-mêmes profondément recueillie sur Dieu qui agit en nous.

Et ces deux parts sont inséparables.

 

Jésus ne fait pas l’apologie de l’inactivité de Marie. Mais en ce moment, elle écoute la Parole de Jésus parce que en ce moment, c’est ce qu’il y avait de mieux à faire. Et ensuite elle sera appelée bien sûr – elle aussi –  à prendre sa part dans l’activité – dans la construction –  du monde.

 

Marthe, par contre…ce qui lui est reproché, c’est d’être absorbée, immergée en quelque sorte dans l’action. Elle n’écoute rien de ce que dit Jésus. Et son intervention montre bien que son attitude n’est pas pure … ce qui fait qu’elle râle, qu’elle est furieuse, jalouse aussi sans doute.

Alors qu’elle pourrait se réjouir que sa sœur reste assise aux pieds de Jésus. Mais, non…Elle est toute entière dans ce qu’elle fait, elle a le nez dans le  placard et elle n’écoute rien.

On appelle ça du dévouement, mais ce n’est pas de ça qu’il est question. Car le dévouement est désintéressé. Il est au service des autres.

 

C’est ce que va lui dire Jésus : Marthe, Marthe, tu t’agites pour bien des choses .. une seule est nécessaire. C’est pas la contemplation, la seule chose nécessaire, pas du tout…Ce que veut lui dire Jésus, ce qui est nécessaire, c’est d’écouter sa parole, d’être uni à lui pour voir le monde et pour bâtir le monde tel qu’il nous le propose.

 

Que notre regard soit marqué par le Christ et qu’il devienne un peu mieux le regard du Christ. Cette phrase, elle est du pape François quand il dit dans l’encyclique Lumen Fidei « la foi nous fait regarder avec les yeux de Jésus »…

Marthe, elle ne regardait pas avec les yeux de Jésus… c’est la conversion à laquelle le Christ l’appelle…c’est peut-être à la même conversion que nous sommes provoqués : A regarder le monde, à regarder les autres et à nous regarder nous-mêmes avec les yeux de Jésus ! Amen