A l’écoute de l’évangile de ce dimanche, on pourrait se demander s’il n’y a pas une erreur. Avons-nous bien compris ? Jésus n’est pas venu apporter la paix mais le glaive, la division. Il vient mettre la brouille dans les familles. Qu’est-ce à dire ? N’est-il pas le prince de la paix ? La paix n’est-elle pas le premier don qu’il fait aux disciples après sa résurrection : « la paix soit avec vous ».

Peut-être une autre citation peut-elle nous aider à comprendre ? « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. » (Jn14,27) Y aurait-il une paix du monde et une paix de Jésus ? Une paix qui justement nous est donnée au terme du combat. Une paix liée au don de l’Esprit que le Ressuscité répand sur les disciples. Voilà une indication précieuse.

Mais je trouve une autre aide à la réflexion chez les prophètes Jérémie et Ézéchiel qui dénoncent la paix proclamée par les prêtres alors qu’il n’y a pas de paix, que les injustices et la corruption montrent le contraire : « Du plus petit jusqu’au plus grand, ils sont tous assoiffés de profits ; du prophète jusqu’au prêtre, ils s’adonnent tous au mensonge. Ils traitent à la légère la blessure de mon peuple, en disant : « Paix ! La paix ! » alors qu’il n’y a pas de paix. » (Jer6,14)

Oui, la paix peut endormir, un consensus mou peut masquer les réalités et couvrir les difficultés. La paix, la paix de Dieu se conjugue avec la justice. Elle se reçoit comme un cadeau. Elle se conjugue à l’amour et l’amour est exigeant. Il oblige à se déterminer, à opter pour la vie. Il est attentif aux plus faibles, aux malades, aux exclus. Il protège les petits. Il est comme le feu qui purifie, le feu de l’Esprit qui nous embrase le cœur pour que nous soyons les bienheureux artisans de paix qui seront appelés fils de Dieu.

Voilà pourquoi, Jésus a hâte que le feu soit allumé sur la terre ! Voilà pourquoi il est dans l’attente de son baptême… comprenez de la passion qui va révéler la puissance de l’amour de Dieu qui ne l’a pas abandonné à la mort. Jésus ne cherche plus à se protéger. Il a compris qu’il ne pourrait pas échapper à la condamnation. « Il a renoncé à la joie qui lui était proposée » résume l’épître aux hébreux dans une formule choc. Il sait bien que la violence et la haine dominent en ce monde marqué par le péché, ce monde où chacun veut avoir raison et tire la couverture à soi. Il sait que ce baptême ne sera pas une partie de plaisir, mais il a confiance en son Père. Ainsi, c’est désarmé qu’il affrontera le combat. Plus encore, il offrira sa vie alors même qu’on veut lui ôter.

Les martyrs l’ont bien compris qui suivent les pas de Jésus et reçoivent de son Esprit la force de combattre dans la douceur… parfois même de pardonner leur bourreau. Je pense aux moines de Tibhirine et à deux grandes figures martyrisées en camp de concentration et que nous avons fêtées récemment : Sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, Edith Stein et Maximilien Kolbe. En pleine barbarie nazi et en pleine lucidité, voilà des saints qui ont résisté au péché jusqu’au sang, qui s’en sont remis dans la confiance au Père, à la suite de Jésus.

Frères et sœurs, nous n’en sommes pas là. Et même si notre Église souffre des scandales qui ternissent son image, nous avons la chance de vivre la liberté de conscience et de religion. Nous avons aussi la chance d’être en paix depuis plus de 70 ans… si on laisse de côté les nombreux conflits dans lesquels la France est impliquée à l’étranger. Cependant, l’évangile de ce jour nous invite à nous déterminer. De quelle paix voulons-nous, celle des faux prophètes qui endorment et rassurent à bon compte ou celle que Jésus nous donne, celle qui se conjugue avec la justice et qui conduit au bonheur ? Avons-nous au cœur la même impatience que Jésus pour que le feu soit allumé sur la terre, pour que la puissance de l’amour de Dieu puisse se manifester, pour que nous aussi nous passions de la mort à la vie ?

Interrogeons-nous alors que la rentrée approche sur les choix à faire, les options à prendre, les priorités à fixer. Y-a t-il des conversions à opérer ? Des changements que nous pourrions décider pour que notre manière d’être, l’énergie que nous dépensons soient davantage en adéquation avec le royaume de Dieu. Ne nous y trompons pas. L’évangile que nous professons n’est pas un baume pour adoucir la vie. Il se décline à la lumière des béatitudes, à la suite de celui qui a donné sa vie pour nous et nous incite à renoncer à nous-mêmes, à prendre notre croix et à le suivre ! N’avons-nous pas été baptisés? Plongés dans la mort avec le Christ pour ressusciter avec lui ? Alors que craignons-nous ? Avec l’apôtre Paul, nous pouvons redire : « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? […] En tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. […] J’en ai la certitude. Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. (Rm8,35.39)

Père Bruno Cazin, vicaire général