Le message est clair : il nous faut être humble. Ne pas nous mettre en avant, ne pas prendre la première place.

Nous l’avons bien compris… et nous pouvons le vivre comme le recommande Ben Sira, dans un esprit de sagesse. Nous savons bien que nous ne nous sommes pas fait tout seul. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu » dira Saint Paul (1Cor4,7) L’humilité est la position juste de celui qui reconnaît tout ce qu’il doit aux autres, à Dieu. « L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute » (Sir3,29) L’humilité confère une disponibilité à accueillir le don de Dieu. Elle conduit au bonheur à la différence de l’orgueil qui enferme dans une superbe insupportable et une quête insatiable. On comprend dès lors que le sage estime que « la racine du mal » habite la condition sans remède de l’orgueilleux.

Mais le message de ce dimanche ne s’arrête pas à cette réflexion de sagesse. Elle nous tourne vers le Christ, le maître de l’humilité. C’est ainsi que Saint Augustin le désigne en l’appelant parfois l’humilité : « l’humilité est venue jusqu’à nous ». C’est lui, le Fils de Dieu qui s’est abaissé pour partager notre condition humaine. C’est lui qui a pris le chemin du serviteur, de l’esclave même, jusqu’à consentir à l’humiliation de la croix. (Ph2, 6-11) C’est lui le messie doux et humble de cœur qui nous ouvre le chemin vers le Père. Lui qui nous révèle la puissance de l’amour miséricordieux du Père. Son abaissement, loin d’être un échec et une impasse est la condition de notre salut. Il signifie qu’il est vain de chercher à s’en sortir par soi-même. Il introduit à la vraie liberté et à la joie, la joie de se laisser aimer et relever par Dieu, la joie inouïe de la résurrection ! J’aime beaucoup cette phrase inscrite sur les murs de la chapelle du collège Saint Winoc de Bergues : « Humilitas vincit », l’humilité a vaincu. Elle a gagné. Dieu a ressuscité le Christ humble.

Ainsi l’humilité est bien davantage qu’un conseil de sagesse et une prescription morale. L’humilité est la voie royale qui conduit à Dieu, le chemin que le Christ a ouvert pour tous ceux qui sont devenus ses frères et ses sœurs, baptisés dans sa mort pour naître avec lui à la vie nouvelle des enfants de Dieu. Elle caractérise le peuple de ceux qui marchent vers « la Jérusalem céleste, la cité du Dieu vivant […] l’assemblée des premiers nés dont les noms sont inscrits dans les cieux (Hb13,22.23). Elle définit l’état d’esprit des disciples du Christ, de ceux qui « sont venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle » (Hb12,24) et qui en lui connaissent la fraîcheur d’une vie reçue de Dieu, l’éternelle jeunesse de ceux qui ne se prennent pas trop au sérieux et se laissent travailler par la grâce.

Ainsi l’humilité est aussi le secret du bonheur. Le bonheur de ceux qui n’exigent rien, ne revendiquent rien, mais accueillent ce qui leur est donné avec gratitude. Telle est le sens des paraboles que Jésus oppose aux pharisiens qui l’observaient alors qu’il était invité par un de leur chef. « Quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé. » « Heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. » Jésus montre ainsi combien l’humilité dispose à la vie éternelle alors que l’orgueil, la suffisance, la superbe conduisent au malheur.

« Il te dit : Je suis humble, je suis venu enseigner l’humilité, je suis venu en maître de l’humilité. Celui qui vient à moi devient membre de mon Corps, celui qui vient à moi se fait humble, celui qui s’attache à moi sera humble, parce qu’il ne fait pas sa volonté, mais celle de Dieu. » (Saint Augustin, Commentaire de l’Évangile selon Saint Jean Ev Jn25,16)

Frères et sœurs. Ne nous contentons pas d’entendre l’exhortation à l’humilité. Tournons-nous vers le Christ. Contemplons-le. Suivons-le sur le chemin de l’humilité. Avec lui, recevons-nous du Père. Demandons la grâce d’être humbles, de servir nos frères joyeusement. Demandons la grâce de tenir dans la prière la juste place de ceux qui se laissent aimer par Dieu et nous verrons grandir en nous le bonheur ! Amen !

Père Bruno CAZIN, vicaire général