25° ordinaire – année C

La première partie de cet Évangile est étonnante.

Un parabole où Jésus semble faire l’apologie de la malhonnêteté  : le voleur, le truand…l’homme des fausses factures, c’est lui qui a eu raison ! C’est quand même embêtant !

On attendrait plutôt de Jésus qu’il dénonce le mauvais gestionnaire, le voleur…comme on le fait dans des conversations de salon..On dit que l’Evangile n’est pas de la morale ..Mais on aime bien quand même les leçons de morale…surtout quand elles s’adressent aux autres d’ailleurs !

Eh bien, voyez vous, ici, Jésus n’est pas en train de donner une leçon de morale des affaires …c’est pas son problème.

Je crois que Jésus veut nous dire tout simplement : ce filou, qui était menacé de perdre son emploi, il a misé sur d’autres valeurs : les valeurs de l’amitié et de la reconnaissance.

Autrement dit : soyez donc assez avisés pour faire de vos biens matériels – non pas une fin en soi – mais un instrument au service de la relation fraternelle, de la solidarité, de la communion entre les gens.

Le risque avec l’argent, c’est qu’au lieu de l’utiliser pour se faire des amis, on en fasse son ami.

Le risque, c’est qu’au lieu de s’en servir, on le serve : et on en fait une idole, un maître !

Au lieu de l’utiliser, c’est lui qui nous utilise et qui nous réduit en esclavage.

Jésus ne fait pas l’apologie du truandage dans le texte d’aujourd’hui, mais il remet les choses à leur place : il nous dit que ce qui est essentiel, c’est la relation, c’est l’amour, c’est le service, c’est l’affection…c’est l’ouverture aux autres …C’est Dieu.

Et il veut nous dire : l’argent est au service de l’homme. N’en faites pas un maître…faites en un serviteur !

C’est le cri passionné d’Amos dans la première lecture : il vivait dans un monde où l’argent était roi. Pour gagner de l’argent, on était prêt à tout sacrifier …la justice, le respect de l’autre, la foi en Dieu. Et Amos, au VIII° siècle avant Jésus-Christ, vient bousculer le peuple pour essayer de remettre les choses à l’endroit.

Il ne va pas réussir d’ailleurs …et le Royaume va s’écrouler et ils finiront tous en exil à Babylone.

Voilà ce qu’est un prophète. Dans un monde qui confond l’essentiel et l’accessoire…dans un monde qui a perdu ses raisons de vivre et qui se met à adorer n’importe quoi, le prophète est celui qui dénonce les idoles, les faux-dieux qui ne font pas vivre mais qui étouffent et font mourir !

Le prophète, c’est celui qui dérange et qui inquiète, comme Jésus dans l’Évangile.

Une paroisse, une communauté chrétienne, c’est d’abord une communauté de prophètes : le peuple chrétien, c’est d’abord un peuple de prophètes. C’est à dire des gens qui ne sont pas plus malins que les autres mais qui prennent le parti de se situer loin des idoles, des ragots et de tout ce qui ne fait pas vivre…de tout ce qui est inconsistant et insignifiant.

Une communauté vivante, ce n’est pas une communauté agitée, mais c’est une communauté qui essaie de se tourner vers l’essentiel, une communauté qui dit quelque chose de Celui qui nous fait vivre. C’est ce groupe d’hommes et de femmes, d’enfants, qui prennent au sérieux l’Évangile et qui essaient d’y appuyer leur existence.

Notre but n’est pas de faire fonctionner une belle institution, avec des services bien organisés, mais notre mission est d’annoncer l’Évangile …c’est à dire de le vivre – parce que dans ce registre, ce sont les actes qui parlent et pas les mots ! –

Voilà ce qui nous est proposé de vivre cette année : de faire en sorte que l’Évangile soit au centre de nos vies, au centre de la vie de nos communautés chrétiennes.

Faire Eglise aujourd’hui, c’est bâtir des communautés qui ont le goût de l’Evangile.

Dans la tourmente de notre temps, il n’y a que l’Évangile qui tienne le coup !