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On appelle généralement cette page d’Évangile, la parabole du « pauvre Lazare ». Or, il me semble qu’ici, celui qui est à plaindre, c’est cet homme riche qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux.
Le malheureux, c’est lui.

C’est lui qui, dans la parabole, va finir dans la fournaise….. Jésus utilise ici les conceptions, les images et les croyances qui nous viennent de l’Ancien Testament. Bien sûr !

Mais il me semble que ce qu’il veut nous signifier fondamentalement, c’est que le riche, malgré les apparences, il a oublié de vivre.

Il ne s’est intéressé qu’à ses festins, qu’à ses vêtements, et il est passé à côté de l’essentiel.

Ce qui lui est reproché finalement, ce n’est même pas sa richesse : l’idéal évangélique n’est pas de marcher pieds nus et de mourir de faim…Ce qui lui est reproché – c’est de n’avoir pas vu celui qui était couché devant son portail !

Ce qui lui est reproché, c’est d’avoir vécu pour le superflu, le dérisoire, tout ce qui n’en vaut pas la peine…et d’être passé à côté de l’essentiel !

Mes amis, retenons ça : Il n’est peut-être qu’un essentiel, c’est de faire vivre ceux et celles qui nous entourent !

Le riche, il ne s’est pas rendu compte qu’en sauvant la peau de Lazare, il aurait pu sauver la sienne…Lui, il s’est replié sur lui-même…et, malgré ses beaux vêtements et ses festins, il s’est enfoncé irrémédiablement dans la mort.

L’égoïsme, ce n’est pas un mal parce qu’un jour, des moralistes auraient décidé que c’était un péché. C’est pas ça le problème !

Mais ce qui est grave, c’est de se laisser glisser vers la mort.

Maurice Bellet dit ça : l’égoïsme, dans l’échiquier de la vie, c’est la case interdite…parce que c’est une case de mort. Elle conduit irrémédiablement vers la mort !

Cet Évangile, il nous questionne sur nos raisons de vivre. Où est-il finalement notre essentiel ?

Et peut-être particulièrement quels sont « les festins ou les vêtements fastueux » qui nous préoccupent et qui risquent de nous empêcher de vivre ?

Osons les regarder ces festins qui nous préoccupent…Osons les nommer… et osons nous désencombrer pour ne pas finir comme les contemporains d’Amos… occupés à se vautrer dans leurs divans et à bâfrer en avalant les meilleures bêtes du troupeau.

Ils seront les premiers déportés, dit Amos. Et ils finiront exilés à Babylone.

Ne nous laissons pas encombrer par nous-mêmes,

Encombrer par tout ce qui est dérisoire…

Ce dérisoire qui concerne notre vie personnelle ou aussi la vie de notre paroisse ou de notre communauté…

Le dérisoire l’est tout autant quand on l’asperge d’eau bénite …

Mais allons vers l’essentiel : l’essentiel, il est dans le sens que l’on donne à sa vie, dans la manière dont on aide l’autre à se construire, et dans la part que l’on prend pour que vive la « famille humaine », pour reprendre la belle expression de frère Roger de Taizé..

Voilà peut-être notre mission auprès de ceux qui nous entourent. Les aider à sortir d’eux-mêmes et à goûter, à déguster la vie en abondance.

Voilà la vocation prophétique qui est celle de tout baptisé, qui est celle de toute communauté d’Église : Devenons prophètes du monde nouveau que le Christ nous propose.

En ce sens, nous sommes tous appelés à être prophètes : c’est le cri de Moïse dans l’Exode : « Ah, si tout mon peuple – le peuple de Dieu – vous et moi – si tout mon peuple pouvait devenir un peuple de prophètes »…c’est à dire un peuple qui ne quitte pas des yeux l’essentiel et qui appelle ses contemporains à en faire autant.