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C’est une page d’Évangile étonnante que nous venons d’entendre.

Jésus nous parle de la prière et il compare Dieu à ce juge qui finit par rendre justice à la veuve pour qu’elle le laisse tranquille. C’est bien ça !

Et par cette comparaison, il nous invite à prier, à nous tourner vers Dieu à temps et à contre temps…aujourd’hui, on dirait  : à ne pas le lâcher.

Et surtout, il conclut avec cette phrase qui peut sembler un peu déplacée par rapport à la parabole : le Fils de l’Homme quand il viendra trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Je voudrais vous dire deux choses à ce sujet :

La première, c’est que si Jésus ajoute cette phrase à la fin de cette parabole, c’est bien parce qu’il fait un lien entre la prière et la foi.

Être croyant, et c’est peut-être la première caractéristique de la foi : être croyant, c’est se tourner vers l’Autre. Vers Dieu.

La foi, c’est fondamentalement ce qui nous décentre de nous mêmes et nous ouvre à la transcendance. Le croyant sait bien qu’il n’est pas à lui-même sa propre origine et sa propre fin, mais il sait que sa vérité, il la trouve en Dieu.

Et c’est précisément pour ça qu’il a besoin de prier, pour se remettre en face de son créateur et pour découvrir en lui sa vérité. Dieu nous révèle à nous-mêmes.

Croire finalement, c’est prier…c’est à dire que c’est se tourner vers Dieu pour le découvrir sans doute, pour nous découvrir nous-mêmes et pour reconnaître que notre existence est liée à la sienne.

C’est bien ce que nous voulons dire quand nous rendons grâces pour tout ce qui est beau…tout ce qui vient de Dieu et tout ce qui nous réjouit.

C’est bien aussi ce que nous voulons dire quand nous confions à Dieu nos détresses, nos inquiétudes et tout ce qui est lourd à porter dans nos vies.

La prière et la foi ont partie liée parce que croire, c’est reconnaître que notre vie est concernée par la présence et par l’amour de Dieu.

Et la deuxième chose que je veux vous dire, c’est à propos de cette femme de la parabole. C’est une veuve !

Dans la tradition biblique, la veuve, c’est le type même d’un être sans défense. Elle n’a personne pour venir à son aide. Elle est totalement démunie. D’une certaine manière, elle n’a que ses yeux pour pleurer !

Et c’est parce qu’elle a conscience de sa faiblesse, de sa totale dépendance qu’elle se tourne vers le juge pour l’implorer et le supplier.

Pour prier et pour être croyant, il faut avoir pris conscience de nos pauvretés qui seules peuvent nous décentrer de nous-mêmes et nous tourner vers Dieu.

Prier ; c’est l’attitude de l’homme qui n’est pas repu…et qui a besoin de l’Autre, qui a besoin de Dieu…Si on est totalement satisfait, il n’y a pas besoin de prier…y’ a qu’à se contempler soi-même.

Rappelez-vous un autre passage de l’Evangile : la prière du Pharisien et du Publicain…le premier n’attend rien de personne, il vient se contempler lui-même…et l’autre, il a conscience de son péché, et il attend tout de Dieu…à commencer par sa conversion….

Prier, c’est se regarder en vérité et c’est se tourner vers Dieu qui vient combler le vide de nos existences.

Prier, c’est correspondre à ce pour quoi nous avons été créés ! C’est bien là la véritable liberté… se situer de manière juste en face de Dieu…C’est faire l’expérience non pas de la dépendance mais de la liberté. La liberté des enfants de Dieu.