30° dimanche ordinaire – C –

Imaginons la scène. Il faut toujours imaginer la scène quand on lit l’Évangile : situer les choses pour fixer l’imagination.

Le Temple de Jérusalem – et tout en haut du temple, ce Pharisien, debout, « qui prie ainsi en lui-même ».

En lui-même : je te rends grâces car je ne suis pas comme le reste des hommes… « voleurs, injustes, adultères, etc… » Et tout à coup, il jette un regard en coin sur le publicain : …je ne suis pas comme ce Publicain !

Moi je jeûne deux fois la semaine (ce qui était facultatif !). Il observe la dîme avec tellement de sérieux qu’il la prélève sur tous ses achats pour être certain de ne rien oublier !

Il va au-delà des prescriptions légales. Dans sa vie aucune faille !

Il présente à Dieu ses états de service et il déclare que ses états de service sont supérieurs à ceux des autres.

Il « prie en lui-même » : au sens premier, ça veut dire bien sûr qu’il prie sans élever la voix. Mais au sens spirituel, ça va plus loin et ça signifie qu’il prie sans sortir de lui-même. Il s’entretient avec lui-même en s’imaginant qu’il s’entretient avec Dieu. C’est la tentation du miroir !

C’est l’illusion de Narcisse qui se contemple lui-même en projetant hors de lui-même un double de soi qu’il va appeler Dieu. On croit qu’on est devant Dieu, en réalité on est devant un double de soi-même. On dialogue avec un autre soi-même.

Finalement, le Pharisien – fondamentalement – ce qui l’intéresse, c’est lui-même et Dieu n’est que l’image de lui-même. Son dialogue avec Dieu n’est qu’un monologue avec lui-même.

Cet homme n’a pas besoin de Dieu. Dieu est pour lui l’occasion d’un discours sur lui-même. Il fait devant Dieu un discours avec lui-même.

La vraie prière – vient nous apprendre Jésus – c’est la prière du pauvre. C’est celui qui s’abandonne à Dieu. Et celui, nous dit l’Evangile, qui ne parle pas de lui mais qui demande à Dieu d’avoir pitié de lui-même, tellement il a conscience de son péché et de la limite de sa vie.

Le pauvre, c’est celui qui n’est pas rempli de lui-même, mais qui attend tout de Dieu.

Le Pharisien était tellement bien qu’il n’avait besoin de personne et pas non plus de Dieu. Le Publicain a tellement conscience de ce qu’il est qu’il attend tout de Dieu…Il le supplie de le prendre en pitié, c’est-à-dire de porter sur lui son regard bienveillant. Ce regard qui pourra le faire vivre, le remettre debout.

La prière du pauvre, c’est la prière de celui qui se tourne vers Dieu avec confiance : il connaît son péché, tout ce qui a besoin d’être restauré en lui, d’être libéré, d’être réconcilié.

Reconnaître son péché, vous voyez, c’est laisser de la place à Dieu dans notre vie. C’est reconnaître ce qui en nous a besoin d’être sauvé.


C’est pour ça que le rite pénitentiel se trouve au début de la messe, c’est pour ça qu’il y a un sacrement de Réconciliation. On confond souvent ça avec une histoire de Morale, mais ça n’a rien à voir !! C’est une histoire de foi : c’est reconnaître en nous ce qui a besoin d’être sauvé, d’être remis d’aplomb. C’est dire à Dieu : j’ai besoin de toi dans ma vie, non pas de manière vague et floue (ce qui ne voudrait rien dire !) mais c’est toucher du doigt ses pauvretés, ses faiblesses…et c’est laisser Dieu venir changer en nous ce qui a besoin de l’être.

Prier, c’est s’abandonner à Dieu.

Mes amis, débusquons le Pharisien qui sommeille en chacun de nous et qui transforme notre prière en parlotte sur nous-mêmes. Ce sont les phrases satisfaites de celui qui ne s’intéresse qu’à lui.

Prenons modèle sur le publicain qui connaît sa vie, qui sait son indignité et qui attend tout de Dieu.

Prier, c’est laisser Dieu prendre place chez nous. C’est s’abandonner à lui !