Fête de l’épiphanie du Seigneur, 2020.

Mt 2, 2-12.

« Où est le roi des juifs qui vient de naître ? ».

Vous avez certainement noté cette question que les mages adressent à Hérode, au sujet de l’enfant de la crèche. Je suppose qu’en entrant dans cette église, nous venons aussi comme ces mages à la recherche de ce roi, pour nous laisser guider par son étoile, par sa lumière. En effet, l’intérêt populaire du récit des mages a surtout retenu les cadeaux qui ont été offert à l’enfant Jésus : l’or, l’encens, la myrrhe. On a aussi cherché à sortir ces mages de l’anonymat en leur attribuant des noms. Ce faisant on oublie bien souvent qu’à travers le récit des mages, c’est Dieu lui-même qui se révèle à toutes les nations, et qui rassemble tous les peuples sous l’étoile de Jésus-Christ. Déjà tout petit, le Christ se révèle être berger de l’humanité entière, le guide et la boussole pour tout homme. Car c’est son étoile qui a guidé les mages jusqu’à lui.

Je voudrais m’attarder un peu sur deux contrastes que fait apparaître l’évangile de cette fête de l’épiphanie.

D’abord nous avons le contraste entre deux rois. D’une part Hérode, roi puissant et jaloux pour son pouvoir qu’il veut conserver à tout prix ; roi tyran. D’autre part, nous avons Jésus, roi vulnérable. Il n’a pour palais qu’une crèche et pour trône une mangeoire. Sa puissance se manifeste dans la simplicité et l’humilité de son incarnation. Mais le contraste entre Hérode et Jésus est encore plus frappant dans la suite du récit que nous venons d’entendre. En effet, après avoir adoré l’enfant, les mages ne retournent pas à Jérusalem ; ils repartent par un autre chemin. Hérode se met donc en colère, et, pour éviter tout concurrent, toute rivalité, il fait décapiter tous les enfants de Bethlehem et de toute la région. Cela fait fuir Jésus et ses parents en Égypte. Hérode s’assure ainsi de conserver son trône. De ce fait, Hérode représente tous les chefs du peuple d’alors et d’aujourd’hui, ainsi que tous ce qui, du par leur orgueil et leur suffisance, se croient trop forts, trop sages, et refusent d’accueillir Jésus et son message et qui font obstacle à l’annonce de la Bonne nouvelle. Néanmoins, en faisant la route inverse, d’Égypte à Israël, Jésus devient le nouveau Moïse qui inaugure le nouvel Israël, auquel nous appartenons tous. Car c’est en lui que toutes les prophéties s’accomplissent.

Déjà tout petit donc, Jésus fait face au rejet, à la violence. En fuyant en Égypte, il échappe au glaive meurtrier d’Hérode. Cependant, il n’échappera pas – il ne le voudra pas – au glaive de la croix à la fin de sa vie publique. Et il est étonnant de voir comment le récit de l’enfance et le récit de la crucifixion se rencontrent. Jésus n’a pas été reconnu comme roi à sa naissance – c’est le terme ‘roi des juifs’ qui a dérangé Hérode – mais le sera sur la croix. Car voici l’inscription qui figurera au-dessus de sa tête : « celui-ci est le roi des juifs ».

C’est l’occasion de nous demander de quel côté nous sommes : du côté d’Hérode ou de Jésus ? Est-ce que nous ne faisons pas parfois, dans nos manières d’être et de vivre, obstacle à Jésus et à l’Évangile ? Savons-nous ouvrir notre cœur pour accueillir les plus faibles ? Ne sommes-nous pas trop attachés à nos statuts sociaux, pour lesquels nous brimons et opprimons les faibles ? À chacun d’y répondre.

Ensuite, le deuxième contraste que je relève dans ce récit est entre les mages et les scribes, les sages d’Israël. Ces derniers connaissent très bien l’Écriture. Ils savent qu’un messie doit naître pour Israël ; ils savent aussi où il doit naître. Cependant ils demeurent indifférents à la nouvelle que leur donnent les mages. Ceux-ci, au contraire, viennent de loin, ils ne connaissent ni l’Écriture ni les prophéties. Mais ils se laissent guider par une étoile dans laquelle ils ont su discerner quelque chose de grand, un mystère : la naissance du roi des juifs. Les mages ne viennent pas chercher un honneur, mais ils viennent se prosterner et adorer ; ils viennent s’humilier devant l’humilité du Dieu qui se fait homme : Jésus-Christ enfant. Dans l’humilité de leur démarche, les mages reconnaissent la grandeur universelle de Jésus. Ils préfigurent ainsi tous les peuples qui reconnaissent Jésus comme leur roi et leur sauveur. Leur attitude nous invite à entrer dans cette démarche d’humilité pour savoir reconnaître Jésus, non plus simplement à Noël, dans l’enfant de la crèche, mais aussi, dans la petite hostie de nous recevons dans l’eucharistie. Car c’est là aussi que se manifeste la grandeur du mystère d’Amour que Dieu porte à l’humanité.

Il va sans dire que, dans le contraste entre les deux rois, se dessine pour nous, d’une part, le signe de la contradiction que le mystère de l’incarnation du Christ peut être pour les sages et les grands de ce monde ; ceux qui prennent appui sur leur propre force, ceux qui ne comptent que sur eux-mêmes. Il faut devenir humble pour découvrir le vrai visage de Dieu. Car c’est aux humbles et aux petits que Dieu fais connaître ses mystères. D’autre part, dans l’étoile qui a guidé les mages jusqu’à Jésus, nous discernons son rayonnement et sa grandeur universelle : c’est en lui que Dieu veut rassembler tous les hommes et leur offrir son Salut.

Enfin, les mages, après avoir adoré le Christ ne reviennent pas à Jérusalem ; ils repartent par un autre chemin. Et de ce fait ils refusent de faire alliance avec le mal ; ils ne deviennent pas complices du mal qu’Hérode préparait en secret contre le Jésus et contre les enfants innocents qu’il fit décapiter. De même nous aussi, lorsque nous venons adorer et contempler le Christ dans l’Eucharistie, puissions-nous demander la grâce de repartir par un autre chemin, avec une foi renouvelée, qui nous aide à discerner les pièges de notre société afin d’éviter d’être complices du mal qui atteint les innocents aujourd’hui. Car malheureusement, sans le savoir, nous sommes bien souvent complices de la violence, de l’exploitation, de la mort des hommes dans le monde. Que le Seigneur nous fasse la grâce de savoir discerner dans le monde aujourd’hui d’autres chemins pour travailler à plus de justice et de paix, pour être des signes de son Amour pour les hommes. Amen.

Frère Paul-Martin Makawouna TALAKE, a.a.