Jean 1, 29-34

Le temps de Noël est passé et nous entrons dans un nouveau temps liturgique : le temps ordinaire. Aujourd’hui, un homme nous fait de nouveau signe : Jean le Baptiste. C’est lui qui nous avait déjà intro-duits dans le temps de l’Avent, comme Précurseur.
Aujourd’hui, il se présente comme Témoin.

Le Messie qu’il a annoncé, pour qui il a préparé le chemin, il est là, devant lui, devant nous. Il s’avance, anonyme, au milieu de la foule : Jésus de Nazareth, son cousin.

Rien ne distingue Jésus des autres hommes mais lui, Jean le reconnaît comme le Messie annoncé par le Premier Testament, le messie promis par les prophètes : « Voici l’Agneau de Dieu ! ».

Je ne le connaissais pas, dit-il, mais Dieu qui m’a envoyé baptiser dans l’eau du Jourdain, m’a dit : « Celui sur qui tu verras descendre l’Esprit et y demeurer, celui-là baptise-le ». Oui, j’ai vu et je témoigne : Celui-là est Fils de Dieu !

De ce témoignage de Jean le Baptiste,  je retiens deux aspects : l’image de l’Agneau et l’affirmation qui revient deux fois dans la bouche de Jean : « Je ne le connaissais pas ».

Voici l’Agneau de Dieu ». Pour un juif, cette image est très parlante, chargée de sens. C’est l’agneau mangé chaque année à l’occasion de la Pâque. Son sang marque le linteau des portes des juifs en exil, pendant la nuit de la Fuite. Cela sauvera les premiers-nés du peuple.

Cette image de l’Agneau –qui ne nous est pas familière- nous indique déjà que le Messie attendu n’est pas un chef guerrier qui va faire la révolution par l’épée ; c’est un agneau, un innocent qui s’offre, qui livre sa vie, par amour ; il nous sauve en se donnant, en nous aimant pour, qu’à notre tour, nous soyons des aimants, dans les trois sens du mot : des serviteurs de l’homme, des attirants et des attirés.

Dans le dernier livre du Pape François1 – je vous le recommande vivement, le pape écrit : « Si c’est le Christ qui vous attire et que vous agissez parce que vous êtes attirés par le Christ, les autres n’ont aucune peine à s’en rendre compte ».

Je repense aussi à cette phrase du Frère Roger de Taizé : « Ne parle du Christ que si l’on t’interroge et vis de façon qu’un jour, on t’interroge ».

Alors, une question : que signifie pour moi, en 2020, être le disciple d’un Jésus, Agneau de Dieu ? Comment suis-je attirant, aimant ? Suis-je attiré par le Christ ?

A l’appel du pape François, dans cette période de tensions sociales, suis-je prêt à mettre le respect à la place de la méchanceté, l’amour à la place de la violence, l’humilité à la place du pouvoir, le service à la place du prestige, le dialogue à la place de l’exclusion ?

Le deuxième aspect que je retiens chez Jean-Baptiste, c’est sa surprenante déclaration : « Je ne le con-naissais pas ». Par deux fois…Et pourtant, Jésus et lui sont cousins ; ils ont grandi ensemble, joué ensemble, prié ensemble, chahuté ensemble, j’espère.

Jésus a-t-il changé à ce point ? Non, bien sûr ! C’est Jean qui change de regard sur son cousin. Son expérience du désert, l’intervention de l’Esprit-Saint, l’ont amené à reconnaître en Jésus le Messie annoncé, l’Agneau de Dieu. Celui qui est plus grand que lui. Oui, avec l’Esprit-Saint, Jean a vu Dieu en Jésus. Et il en témoignera jusque dans sa prison.

Alors, une question : quel regard portons-nous sur Jésus ? Sommes-nous prêts à le reconnaître comme Fils de Dieu ? Ou l’enfermons-nous dans des formules toutes faites mais stériles si elles ne nous conduisent pas vers nos frères et sœurs en humanité ?

Sommes –nous prêts, dans les six semaines « ordinaires » qui vont nous conduire au Carême, à reconnaître le visage du Christ dans nos frères et sœurs ? Et à en témoigner dans notre vie quotidienne….comme des laïcs baptisés, selon l’expression du Pape François.

Toutes ces foules qui se sont réunies à Noël, comment les éveiller à la foi ? Comment nos communautés ont le souci de proposer le message de l’évangile à ces foules « ordinaires » dans lesquelles se révèle le visage du Christ ? Sans prosélytisme, ce qui est une tromperie mais par un témoignage qui entraine l’admiration et qui suscite la question : « comment se fait-il que cet-te personne soit ainsi ? »

Toi, Jean, tu présentes le Christ« Voici l’Agneau de Dieu » et tu le baptises !

Tu nous le présentes, tu le baptises pour qu’il soit l’un des nôtres.

Maintenant il nous faut non seulement le reconnaître mais le connaître « il nous faut naître avec lui »

Par l’eau du baptême, Jésus entre dans notre famille humaine, par sa mort et sa résurrection, par son Esprit, il entre dans notre famille.

Jean ! Tu nous offres ton témoignage, que nous aussi nous puissions le reconnaître et « naître avec lui » au service de nos frères et sœurs en pauvreté !

19 Janvier 2019

2ème dimanche T.O.

1 – Sans Jésus nous ne pouvons rien faire. Être missionnaire aujourd’hui dans le monde, Pape François (Bayard 2020)