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« Venez derrière moi, je ferai de vous des pêcheurs d’homme ».

Et c’est l’appel des premiers disciples sur les bords du lac de Galilée.

Regardez à quel moment Matthieu situe ce récit. On vient de nous montrer Jésus quittant Nazareth-la-paisible pour se retrouver sur la route de la mer. Dans un lieu de passage : Capharnaüm…c’est le « carrefour des païens » comme on l’appelle…la route de la mer, là où se croisent les caravanes et où se brassent les nations…

Et c’est dans ce lieu où se mêlent les populations les plus diverses que Jésus fait entendre l’appel à la conversion et l’annonce du Royaume. (Ce n’est probablement pas tout à fait un hasard !)

Et c’est aussi dans ce contexte que Pierre et André puis Jacques et Jean vont être appelés.

Et regardez ce que va leur dire Jésus : « Venez à ma suite ».

Il ne va pas leur donner un programme ou un plan d’action…mais il les appelle pour qu’il fasse route avec lui. Et lui va les transformer : ils seront toujours ce qu’ils étaient jusque là, mais ils seront tournés vers leurs frères pour les introduire dans le Royaume…. « Je vous ferai pécheurs d’hommes »

Ce sera une entreprise rude et ardue comme l’était le travail du pécheur dans le lac…mais c’est une entreprise qui prend une autre dimension : elle est au service du bonheur des gens puisqu’elle est au service du Royaume.

Ce passage d’Evangile nous rappelle deux choses essentielles.

Il nous redit d’abord que l’annonce de la Bonne Nouvelle ne peut se réaliser dans le contexte protégé de ceux qui partagent la même foi. Jésus n’est pas resté à Nazareth mais il est allé proclamer son message au pays de Zabulon et de Nephtali, là où se vivait ce grand brassage des populations et des croyances.

Le « carrefour des païens », c’est chez nous aujourd’hui. Et c’est dans ce contexte d’une si grande diversité et d’une remise en cause permanente que nous sommes appelés à faire entendre le message.

On peut rêver au temps de la chrétienté, on peut trouver que c’est fatiguant d’être toujours remis en cause…mais l’invitation, c’est celle-là : annoncer le Royaume, dire le Christ ressuscité à temps et à contre-temps dans le monde d’aujourd’hui tel qu’il est… pas celui d’hier ou d’avant-hier (auquel on peut rêver !)

Aujourd’hui comme au bord du Tibériade, à Lambersart ou ailleurs, on cherche les témoins qui n’aient pas froid aux yeux pour oser inventer avec les mots d’aujourd’hui et la culture d’aujourd’hui la manière de dire que le Christ est vivant et que l’Évangile vaut la peine de devenir le livre de notre vie.

Et c’est la deuxième chose que je veux vous dire. Regardez ce que dit Jésus à ceux qu’il invite : « venez à ma suite »…Pas de programme, pas de plan d’action, mais un compagnonnage.

Voilà ce qui nous est proposé à nous aujourd’hui qui assurons cette suite du Christ. Voilà ce qui est proposé à notre communauté, à chacun de nous qui que nous soyons…laïcs, prêtres, religieux, diacres…à être d’abord et fondamentalement des « compagnons du Christ ».

A marcher en sa présence. Derrière lui. Et lui nous mènera à la source vive, il nous fera toucher du doigt le bonheur.

Dans la vie chrétienne, dans la vie d’une communauté, il faut bien s’organiser…il faut bien se structurer, bien sûr. Mais l’essentiel, il n’est pas là. L’essentiel, il est dans la rencontre du Christ. C’est dans le cœur à cœur avec lui qu’on devient croyant et qu’on le laisse nous convertir.

Aujourd’hui, refaisons le choix de suivre le Christ.

Redisons-lui notre confiance et notre désir de marcher à sa suite…Et alors sa présence sera une présence active. Il fera chez nous comme sur les routes de Galilée : il nous guérira des infirmités qui nous empêchent de vivre en vérité … de vivre en abondance…. Comme il le dira lui-même.