Dans le diocèse de Lille, une caravane au service de la fraternité

La Croix, Par Fanny Magdelaine, publié le 07/02/2020

Cette petite caravane qui ne paie pas de mine s’est dépliée dimanche après-midi dans le quartier du Pacot à Lambersart, près de Lille. « Tout seul je vais vite, ensemble on va loin », s’égosille Alain Richez, animateur en pastorale et coordinateur du projet, reprenant les paroles d’une chanson de Grand Corps Malade. Les habitants de la commune ont été invités à se retrouver sur le parvis Abbé-Pierre pour la chandeleur. Lucie et Jean-Christophe distribuent des crêpes, préparées par des jeunes du lycée professionnel voisin et d’autres groupes de chrétiens.

« Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager »

Stationnée à côté d’une salle de sport, la caravane attire les regards. Un bus entier débarque pour un match de basket. Les joueurs et leurs familles acceptent volontiers une crêpe ou une boisson, certains sont interpellés par le message tagué sur le véhicule : « Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager, Diaconia 2013.

» Dans la dynamique du grand rassemblement national de l’Église sur « le service du frère », des initiatives locales ont germé. À Lille, elles se partagent au sein du collectif « Frat’Eveil » qui réunit les acteurs de solidarité du diocèse et des personnes en situation de fragilité.

En France, les pauvres touchent encore peu le cœur de l’Église « Avec cette caravane, on souhaite faire émerger des petites équipes pour la diaconie », ajoute Alain Richez.

Annie Bigo a repris confiance grâce à la Société de Saint-Vincent-de-Paul : « Je n’avais pas besoin d’aide alimentaire, j’avais besoin d’établir des liens et des relations. » Aujourd’hui, cette Lambersartoise de 65 ans est membre d’un groupe de partage d’évangile, « Parole de vie ». Elle a fait sa première communion en 2017 et prépare sa confirmation. À l’intérieur de la caravane, on trouve des textes qu’Annie a rédigés à l’occasion d’un rassemblement diocésain « Osons la fraternité », en 2015.

Mgr Laurent Ulrich a béni la mission des caravaniers au printemps dernier. La caravane est un signe de cette fraternité mise en avant par le diocèse cette année : « L’action sociale est au cœur de l’Église, ce n’est pas nouveau. Être avec les plus fragiles et les plus pauvres, pas seulement pour apporter une aide mais pour travailler avec eux et leur faire vivre leur propre dignité, voilà le mode d’action de l’Église. Nous avons le désir de souligner cet engagement particulièrement cette année », avait expliqué l’archevêque de Lille lors de la conférence de presse de lancement en septembre.

2000 kilomètres parcourus d’ici l’été Des chansons sur l’amitié ou la paix se succèdent. Être né quelque part, Ta main de Claudio Capéo, des titres de Glorious, Steeve Gernez… « On s’adapte au public, on se met à l’écoute le temps d’une rencontre, poursuit Alain Richez. Parmi les futurs projets, on aimerait aller à la rencontre de personnes âgées dans un Ehpad… »

L’équipe des caravaniers répond aux sollicitations et s’invite lors d’événements qui célèbrent le partage, la foi, l’espérance. Surtout dans les quartiers populaires, ces périphéries où la présence d’Église est parfois plus discrète… La caravane sillonne les routes du diocèse depuis une petite année : « Au 30 janvier, elle a déjà 683 kilomètres au compteur », poursuit le coordinateur. Selon ses prévisions, elle devrait franchir la barre des 2 000 km d’ici l’été.

Anne-Marie, 81 ans, a entendu parler de cette chandeleur fraternelle à la messe : « C’est bien cette caravane, mais heureusement qu’il y a d’autres lieux pour essayer de vivre l’Évangile au quotidien… », souligne-t-elle en déposant dans le véhicule le journal de l’Action catholique ouvrière (ACO). L’EAP, l’équipe d’animation pastorale, a largement communiqué sur l’événement. La caravane diocésaine fait aussi le lien entre des chrétiens de différents milieux qui ne se côtoient pas forcément.

Une caravane offerte par des forains

Armés de bombes colorées, enfants et adultes la taguent avec des mots ou des symboles positifs. Le résultat

n’est pas forcément à la hauteur des espérances d’Yvan, le mécano, né dans une caravane. Il sait qu’ici, on ne fait pas pour mais avec, alors bon gré mal gré, il se tait : « C’est un couple de forains qui nous a offert la caravane. Elle date de 1984, elle se plie et se déplie avec quelques rhumatismes ! Elle non plus n’a sans doute pas toujours eu une vie facile… » La prochaine étape de la caravane sur la route de la fraternité ? Steenvoorde, dans les Flandres, à la fin du mois, pour l’appel décisif des catéchumènes.

Pour en savoir plus sur l’équipe Ensemble, osons la fraternité ou accueillir la caravane dans une paroisse, un mouvement… http://fondationtreille-esperance.org ; tél. : 07.68.39.47.09 – caravane@lille.catholique.fr

Fanny Magdelaine