5° ordinaire – Année A

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde »

Dans l’antiquité, il s’agissait des deux réalités dont on ne pouvait se passer !

La véritable traduction, ce n’est pas simplement « vous êtes le sel de la terre » … mais « c’est vous qui êtes ». L’accent est très fort : « c’est vous qui êtes le sel et la lumière »

Autrement dit : Jésus a appelé des disciples. Rappelez-vous : il les appelle « pour qu’ils soient avec lui ! ». Et aussitôt il les renvoie au monde. Tout de suite : vous n’êtes pas faits pour rester avec moi mais pour que vous soyez du sel et de la lumière dans le monde !

Mais, attention, dans un autre passage de l’évangile, Jésus déclare « je suis la lumière du monde ». … Alors, c’est lui ou c’est nous ?

Il dit « je suis la lumière du monde » et il dit aussi « c’est vous qui êtes la lumière du monde ».
Je crois que ça veut dire tout simplement :
c’est nous qui sommes la lumière, dans la mesure où nous sommes ses disciples à lui !

Nous n’allons quand même pas prétendre que nous sommes, nous, la lumière du monde !

Rappelez-vous comment ça se passe au baptême : le baptisé allume son cierge à la flamme du cierge pascal. Ce qui veut bien dire : je serai lumière si je reste branché sur le Christ. Sinon, c’est une comédie : qui oserait prétendre qu’il est la lumière du monde ? Soyons sérieux : nous ne sommes lumière que si nous demeurons des disciples. C’est la lumière du Christ qui importe.

Il en va de même pour le sel. Le sel dans l’antiquité, c’est ce qui purifie, c’est ce qui conserve, c’est évidemment, ce qui donne du goût.
Il y a des existences qui n’ont pas de goût, qui sont insipides. Des gens qui vivent dans l’indifférence perpétuelle. Alors, ils échappent au cafard par la distraction, le divertissement, comme disait Pascal. On s’amuse, on s’étourdit mais le fond du cœur reste cafardeux !

« Si le sel s’affadit, dit Jésus, il n’est plus bon à rien, qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les passants ». C est un verset tragique pour nous !

Il veut dire, le chrétien qui n’est pas évangélique, le prêtre qui n’est pas vraiment prêtre, non seulement ils cessent d’être ce qu’il y a de meilleur mais ils deviennent ce qu’il y a de pire ! Nietzsche a des propos cinglants à ce point de vue.

… sur le chrétien ou le prêtre qui ne sont pas vraiment chrétiens ou prêtres. Alors, dit-il, ils ne sont plus rien. Ils étaient appelés au meilleur et ils deviennent ce qu’il y a de pire !

C’est ça le sel affadi que l’on foule aux pieds.
Pierre-Henri Simon qui était un écrivain appelle ça « un christianisme décaféiné »…

La grâce que je nous souhaite, c’est de trouver ou de retrouver notre caféine. La tonique caféine de l’Évangile !