Deux homélies ont été dites au cours  de ce dimanche après-midi.  La première par Christian POLLET, diacre permanent, la seconde par Paul-Martin Paul-Martin Makawouna TALAKE, a.a.


Difficile de s’extraire du contexte actuel dans lequel nous vivons depuis plusieurs semaines pour bien recevoir cet évangile. Essayons quand même !

Peut-être avez-vous vécu cette expérience : un troupeau de moutons emmené en alpage par son berger…Au son de la voix du berger,- ou d’une expression pas toujours compréhensible- le troupeau éparpillé se rassemble pour monter à l’estive.

Les brebis connaissent bien la voix du berger et le berger connaît chacune de ses brebis : la malade, la fragile, la docile, la rebelle, celle qui a tendance à aller voir ailleurs,…

Dans ces jours difficiles où nous attendons que l’enclos du confinement se desserre ou s’entrouvre, il est peut-être bon d’entendre Jésus, le berger, nous dire qu’il est venu pour que nous ayons la Vie et la Vie en abondance. Mais quelle vie ? La vie d’avant ? La vie d’après ?…. La Vie avec Dieu, oui.

Quand j’étais enfant, dans cette même église, nous chantions déjà : « Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer où tu me conduis…Dans la vallée de l’ombre, je ne crains pas la mort ; ta force et ta présence seront mon réconfort. »

Aujourd’hui, Jésus se présente à nous comme le berger, la po-rte qui ouvre sur la Vie. Désorientés aujourd’hui, quel visage de Dieu pour ces temps où nous sommes si incertains du lendemain ?

En relisant les évangiles, je rencontre Jésus qui accueille le fils rebelle, qui écoute la Samaritaine, qui pardonne à Pierre, qui explique à Cléophas, qui recueille la brebis perdue, qui relève le paralysé, qui redonne vie à Lazare,….Jésus me dit Dieu.

Le souci de Jésus n’est pas d’abord de protéger son troupeau, -même si ce serait bien en ce moment- mais de le guider, de lui faire ressentir la fraîcheur de l’air libre, apercevoir de vas-tes horizons, des « verts pâturages » dont parle le psaume 22.

Parfois, nous nous confinons dans des enclos, des huis clos, à cause d’un virus dévastateur, d’un catéchisme mal digéré, d’habitudes jamais remises en cause,….  Nous avons tous, un jour ou l’autre, été confrontés à ces voies sans issue, ne sachant pas comment en sortir.

Alors, une Voix peut, peut-être, se faire entendre et nous ap-peler par notre nom, nous aider à discerner. « Viens, suis-moi ! Lève-toi et marche ! » Mais pour aller où, Seigneur ?

Difficile aujourd’hui d’imaginer une sortie vers la liberté, la vie comme avant. Nous sommes préoccupés par les gestes barrière, la distanciation physique. Peut-être même éprouvons-nous de la peur ?

Et pourtant, au cœur de l’incertitude qui règne, de la crainte d’une deuxième vague, de l’angoisse d’une économie remise en question, une Voix se lève, une Parole nous rejoint ce dimanche pour donner sens à notre vie.

Écoutons le Christ nous dire : « Moi, je suis la porte. Si quel-qu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer et sortir, aller et venir et trouver un pâturage. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la Vie. »

Oui, Seigneur, j’entends ta voix ; tu m’appelles par mon nom. Tu connais mes questions, mes peurs, mes angoisses. Tu me connais ; j’apprends à te faire confiance, à mieux te connaître.

La bergerie dont tu parles aujourd’hui, n’est-ce pas ce monde bouleversé, ébranlé sur ses bases ?

Tu le sais ; nous avons besoin que tu sois à nos côtés ; nous avons besoin d’entendre ta voix pour vivre plus de fraternité, de renouveau, de résurrection.
Envoie-nous ton Esprit pour la discerner, cette voix.

Qu’avec nos frères et sœurs en humanité, nous te restions attachés pour aller vers les « verts pâturages » du Royaume déjà là , où nous recevons la Vie en abondance.

 

Nous sommes sans doute nombreux à participer à la messe télévisée. A la manière du « Jour du Seigneur », je vous propose un verbe à méditer cette semaine : DISCERNER… discerner la Voix de Celui qui nous a réunis cet après-midi.

Christian POLLET, Diacre permanent


Homélie 4ème dimanche de pâques

La parabole du bon Pasteur, comme nous l’avons entendu, oppose deux modes d’action. D’une part, le berger qui entre dans l’enclos parce qu’il en est légitime, qu’il en a le droit. Et d’autre part, il y a ceux qui viennent pour leur propre profit, qui prétendent posséder et apporter aux hommes la connaissance des réalités divines, alors qu’ils ne sont que des imposteurs, des menteurs. Il faut rappeler ici que Jésus, lorsqu’il parle des bandits et des voleurs, ne fait pas allusion aux prophètes qui sont venus avant lui. Il les cite bien souvent d’ailleurs. Nous pouvons penser aux disciples d’Emmaüs à qui le Ressuscité explique ce qui le concerne dans l’Écriture à partir de la loi et des prophètes. Jésus s’adresse en effet au Pharisiens, à ceux qui, comme lui, enseignent, qui sont chargés de conduire le peuple dans les voies de Dieu, mais qui au lieu de cela, se mettent plutôt en scène dans les synagogues (Mc 12, 38-40), et dont l’interprétation de la loi, plutôt que de libérer le peuple devient un fardeau pour lui (Mt 23, 4). Jésus dénonce l’attitude contradictoire des pasteurs qui égarent le peuple. Mais lui, Jésus, est venu témoigner de la miséricorde de Dieu pour l’homme, ouvrir à la vraie connaissance de Dieu et donner sa vie pour ses brebis. Il est donc la véritable porte, qui ouvre aux réalités et à la connaissance de Dieu. La porte par laquelle les brebis parviennent aux pâturages verdoyants de Dieu. Jésus, en prenant notre chair, devient le lieu de la rencontre avec Dieu, le lieu des dons et de la grâce de Dieu. C’est en lui que nous avons la véritable liberté, lui dont le joug est facile et le fardeau léger.

Mais comment parler de liberté dans le contexte actuel du confinement, alors que nous ne sommes plus en mesure de célébrer ensemble. Le confinement nous contraint à demeurer dans un « enclos » oppressant, dont les murs sont érigés par la peur de la maladie et de la mort. Mais en réalité, notre liberté, dans ce contexte, se trouve dans le verbe que Jésus emploie dans l’évangile : écouter. Notre liberté se trouve dans l’écoute et l’accueil de la parole du Seigneur qui nous parle et nous appelle à nous ouvrir à lui. Écouter, mais comment, alors que nous ne nous rassemblons plus en Église ? Nous écoutons le Seigneur notre berger en lisant la Bible. Nous avons à faire de la parole de Dieu notre pâturage, notre oasis en ce temps difficile. C’est là que nous trouvons l’eau qui étanche notre soif, la parole qui nous console, qui nous libère. C’est dans l’écoute et l’accueil de la parole de Dieu que nous pourrons demeurer dans la communion avec Dieu et avec les autres ; une communion qui nous donne la liberté des enfants de Dieu. En effet, si nous ne tenons pas ferme dans l’écoute de la parole de Dieu, dans la prière, l’enclos du confinement, qui nous sépare déjà les uns des autres, nous fait courir le risque de construire autour de nous-mêmes d’autres enclos qui nous renferment et nous isolent davantage de Dieu et des autres. Seule la prière assidue et la lecture de la parole de Dieu nous évitera ce piège. Apprenons donc à nous ouvrir au Christ, le bon berger, à écouter sa voix pour le laisser nous conduire et nous garder dans sa paix en ce temps difficile que nous vivons. C’est en l’écoutant, en étant en communion avec lui que nous briserons les portes des enclos du mensonge, les verrous de l’égoïsme stérile, pour bâtir avec lui une véritable communauté de croyants, libres et unis ; car le Christ est venu rassembler et donner la vie. Ne laissons pas la peur nous disperser et nous donner la mort. Soyons des brebis qui écoutent la voix du Seigneur notre berger.

N’oublions pas, en ce dimanche des vocations, de prier pour nos pasteurs, pour les évêques, les prêtres, les diacres et tous ceux qui s’engagent dans l’annonce de l’Évangile. Prions aussi pour tout le peuple, prions les uns pour les autres, car chacun est appelé à devenir pasteur avec le Christ. Prions pour ceux qui accueillent l’Évangile afin qu’ils y soient fidèles et pour ceux qui le rejettent ou qui s’éloignent de l’Église à cause de l’attitude de ses pasteurs, afin que le Seigneur leur donne la force de s’ouvrir à Lui. Prions enfin et demandons au Seigneur de susciter des vocations, de saintes vocations pour son Église.

Fr. Paul-Martin Makawouna TALAKE, a.a.

Fr. Paul-Martin Makawouna TALAKE, a.a.