Évangile de Jésus Christ selon Saint Jean (Jn14, 1-12)

BILLET DE MANU, DIACRE

 

En lisant ce texte bien connu en cette période particulière, je me suis d’abord arrêté sur Thomas, ses questions, son angoisse, son envie de comprendre.

Et j’ai pensé à beaucoup d’entre nous en ce moment et à nos sentiments troublés : peur, désarroi, envie de liberté…

 

“Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie”, répond notamment Jésus. Une phrase à la fois belle, compliquée et énigmatique. On pourrait d’abord la trouver un peu définitive, prétentieuse. “Pour qui il se prend ?”, ont peut-être même pensé des  contemporains de Jésus.

Jésus aurait pu dire seulement, je suis la vérité et la vie. C’était déjà beau. Mais il ajoute le “chemin” : c’est encore mieux, plus profond. Parce qu’il y est question de foi, de confiance, de liberté. Je voudrais m’arrêter aujourd’hui plus particulièrement sur ce “chemin”.

–                      Si Jésus est le chemin, ça veut dire qu’il faut au minimum savoir où il se trouve, le repérer, comme sur une carte : lire l’Évangile, partager, célébrer sa Parole, étudier, se former, prier… On ne peut pas emprunter ce chemin, suivre Jésus, sans ouvrir ces portes.

Ces dernières semaines ont d’ailleurs bousculé notre équilibre spirituel. Pas de célébrations, peu de rencontres… Mais on a inventé, vécu notre chemin autrement… Avec skype, le téléphone, la télé… Est-ce qu’on s’est laissé bousculer ? Où est-ce qu’on s’est accroché à notre train-train, notre routine ? Est-ce qu’on a inventé des chemins, est-ce qu’on s’est arrêté net ou est-ce qu’on s’est un peu perdu ?

–                      Si Jésus est le chemin, cela veut dire qu’il nous faut nous mettre en route. Et qu’il ne sera sans doute pas parfaitement balisé : il nous réservera des surprises. Un chemin n’est pas fait pour être regardé mais pour être emprunté. On s’y risque dans la confiance.

Le plus important n’est pas de savoir où il faut aller, comme si on était rempli de certitudes, mais de se mettre en marche. Mgr Rouet, ancien évêque de Poitiers le disait ainsi : “La foi chrétienne commence par les pieds, parce qu’il faut y aller.” Qu’est-ce qui m’empêche parfois de me mettre en route ? Qu’est-ce que j’attends pour me risquer à vivre et à faire vivre l’Évangile ?

–                      Si Jésus est le chemin, et pas une autoroute, cela signifie aussi que tout n’est pas parfaitement droit et rapide pour arriver au bout. Il y a des obstacles, des embûches, des douleurs, des questions, des doutes… Nous en avons vécu particulièrement ces derniers mois.  Il faut accepter et reconnaître nos limites, nos faiblesses. Dans ces difficultés, est-ce que j’ose faire confiance à Dieu, est-ce que j’accepte de me reposer sur Lui, est-ce que je supporte de ne pas pouvoir tout maîtriser et de m’en remettre à Lui ?

–                      Si Jésus est le chemin, ça veut dire que nous ne sommes pas seuls sur ce chemin, ce n’est pas un chemin privé, individuel : notre vie n’a de sens que dans la rencontre avec l’autre, dans la charité, dans l’attention aux plus petits, ceux qui ont plus de mal à avancer. Jésus nous l’a montré. Le confinement nous l’a montré : le courage des soignants, la mobilisation solidaire des chercheurs, les coups de main aux personnes isolées ou les coups de fil à un ami oublié. Être solidaires sur ce chemin, aussi dans l’épreuve. Comment je suis signe d’Amour sur ce chemin nouveau ?

–                      Si Jésus est le chemin, il faut aussi savoir faire des pauses, se reposer, regarder en arrière, admirer le beau le long de la route. Il y en a eu pendant ce confinement.

Des stops salutaires, qui font du bien. Où on regarde en arrière. Pour mieux vivre le présent, pour mieux préparer l’après. Entre peur et découragement face à la crise que nous vivons, nous peinons à imaginer le monde d’après. Nous découvrons encore plus que tout est fragile, que l’on va naviguer dans un monde encore plus incertain. Comment sur ce chemin nouveau être des balises pour les autres ? Comment contribuer à faire de notre société un chemin de vérité et de vie à l’image du Christ ?

 

Il y a mille et une manières de faire sa part pour permettre à tous de suivre ce chemin de bonheur et d’espérance que nous propose de suivre Jésus. Chacun à sa façon, avec ses talents, à sa place. Car oui,  “dans la maison du Père, il y a de nombreuses demeures.”

Emmanuel Magdelaine, diacre permanent