Homélie 17 mai 2020 Jean 14, 15-21

Cela fait plusieurs semaines que dans les textes qui nous sont proposés, Jésus explique sa relation à Dieu, sa relation aux hommes, notre relation à Dieu. Pour cela, il a utilisé de nombreuses images : le berger, la porte, le chemin, la vigne. Aujourd’hui, c’est un peu la synthèse de tout cela : « je suis en mon père, vous êtes en moi et moi en vous ». Et Jésus nous dit de garder ses commandements. Ces commandements, on les retrouve juste avant ce texte : « aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimé ». Car cette relation est basée sur l’amour : « celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai… ».

Dans ce texte, j’ai noté trois mots qui reviennent : connaître ou reconnaître, recevoir, aimer.

Ces trois mots disent ce que c’est d’être en communion. Quand on est en communion, on connaît l’autre, on reçoit ce qu’il nous donne à partager, et on lui donne sans retenue. Connaître, recevoir, aimer…

Dans notre relation à Jésus, à Dieu et à nos frères, cette communion est souvent synonyme d’eucharistie.

Cette eucharistie, si importante puisqu’elle est un sacrement ; cette eucharistie dont nous sommes privés depuis de longues semaines, cette eucharistie dont de nombreux chrétiens et paroissiens nous disent qu’elle leur manque. Et pourtant, il ne serait pas raisonnable de ne pas respecter les règles de précaution en ce moment. Pour combien de temps ? On ne sait pas …

Il ne faudrait peut-être pas oublier que du fait de l’universalité du christianisme, des peuples ne peuvent recevoir l’eucharistie comme nous car ils n’ont pas de pain, pas de vin… Alors comment font-ils ?… et puis il y a des régions voire des pays sans prêtre, et on voit bien qu’en France il n’y a parfois pas d’eucharistie pendant plusieurs semaines dans certains endroits. Pourtant ces chrétiens vivent leur foi, et nous rappellent qu’il y a d’autres moments, d’autres moyens de communion avec Jésus, avec Dieu, avec nos frères. : reconnaître, recevoir, aimer.

C’est ce que nous raconte le passage des disciples sur la route d’Emmaüs : ils entrent en communion avec Jésus lorsqu’ils le reconnaissent. Le message c’est que nous devons ouvrir nos yeux, ouvrir nos cœurs, pour pouvoir le reconnaître. Être capable de le voir là où on ne l’attend pas. « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre vous, c’est à moi que vous l’avez fait ». Recevoir ce que l’autre nous donne, et ce peut-être sa simple présence. Et l’aimer, c’est à dire se donner sans retenue.

Je trouve que cette épidémie a été l’occasion de voir d’extraordinaires exemples d’entraide que j’irai jusqu’à qualifier de communion. Je vais vous citer l’exemple dans l’hôpital où je travaille de collègues médecins dont les spécialités ne leur donnaient pas de compétence pour soigner les patients malades du Covid. Ces malades étaient isolés, sans visite possible. Ces médecins ont organisé une permanence téléphonique tous les jours pour transmettre des nouvelles des malades aux familles. Leur dire les prénoms de ceux qui soignaient leurs proches, échanger des messages, et donner des nouvelles des familles aux hospitalisés. C’est un service fabuleux qu’ils ont rendu. Je crois qu’ils ont ainsi vécu des moments de partage intense, dans l’amour du prochain et donc de Jésus : des moments de communion… Connaître, recevoir, aimer… Il y a plein d’exemples comme celui-ci.

Comme moyen de communion il y la prière, ce moment incroyable de cœur à cœur avec Dieu. Et on peut prier seul, ou avec une chaîne de prière, et on peut aussi prier pour les autres, et être ainsi en communion. Pour prier, il faut savoir s’arrêter, se mettre à l’écoute de ce que Dieu nous donne à recevoir. Et bien justement, ces temps de confinement, de ralentissement du monde, nous pouvons les mettre à profit pour nous tourner vers Lui : connaître, recevoir, aimer.

Ce n’est pas dire que l’eucharistie n’a pas de valeur exceptionnelle, ou que ces autres moments valent obligatoirement autant. Mais il est important que nous puissions relativiser cet empêchement, ce manque, et que nous continuions à regarder avec le cœur, à entrer en communion avec nos frères, avec Jésus, avec Dieu, autrement. La communion avec Dieu, nous pouvons la trouver hors des églises

Jean-Philippe Lucot

diacre permanent