Évangile selon Saint Matthieu (Mt 28, 16-20)

Je voudrais attirer votre attention sur deux choses au sujet de ce récit de l’Ascension.

D’abord, cette phrase « De toutes les nations, faites des disciples ».

Voilà quelques mots de l’Évangile où depuis les origines, l’Église n’a cessé de revenir pour puiser à la source même de sa mission.

C’est bien le thème majeur de cet Évangile : envoyer en mission ceux qui ont été les témoins de la mort et de la résurrection… leur dire qu’ils ne sont pas destinés à rester entre eux, à se souvenir, mais qu’il sont envoyés pour témoigner que le Christ est vivant, qu’il  est ressuscité.

Le lieu même où se passe ce dernier épisode de la vie de Jésus est significatif.

Ce n’est pas à Jérusalem – centre religieux du pays – que Jésus retrouve ses disciples, mais – et c’est un signe – c’est vers la Galilée des païens, comme on disait alors…

C’est dans une terre de mission que Jésus confie à ses disciples d’être missionnaires.

Dès l’origine, l’Église s’est définie comme une Église-pour-le-monde : c’est là sa mission, son identité la plus profonde.

On a toujours  besoin de se redire ainsi  ce qu’est notre Église : une Église qui n’est pas une fin en elle-même (quelquefois on est tenté d’en faire une belle institution qui tourne bien, qui fonctionne…)

Mais l’Église  n’est pas une fin elle-même mais elle  est toujours tournée vers le monde pour lui dire la bonne Nouvelle : le Christ est vivant et donc tout change, tout prend sens, tout devient différent.

L’Église, quand elle oublie ça et qu’elle se replie sur elle-même n’est plus vraiment l’Église de Jésus…

La deuxième chose, c’est que l’Ascension, c’est Jésus à la fois absent et présent.

Absent parce qu’il disparaît de leur regard… la vie est terminée sur les routes de Palestine.

Mais remarquez aussi la promesse du Christ : « et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

L’absence physique du Christ est une présence autre, présence cachée, dynamique, un « travail avec »… présence ô combien active.

On constate ça quelquefois : le Christ devenir vivant pour quelqu’un à cause du témoignage de disciples… ça se produit dans un quartier par exemple… quand le Christ se met à exister dans le cœur de quelqu’un grâce à un témoin qui a osé parler, qui a osé rendre témoignage, qui a osé inviter…

La présence du Christ aujourd’hui n’est plus physique : il ne sert à rien de viser le ciel ou de le chercher dans les nuages… le ciel est vide ! Seul ton cœur peut parler de lui et le rendre présent si tu acceptes d’être de ses témoins.

 

Je termine : aujourd’hui comme au temps de la première Ascension, le Christ nous envoie pour que soyons de ces aventuriers de l’Évangile qui choisissent de mettre leurs pas dans ceux du Christ… et qui font le choix de répondre à son invitation pour être ou devenir des témoins qui disent tout simplement l’Évangile.

Un Évangile de partage, un Évangile de liberté, un Évangile de justice…un Évangile qui précède et inspire les droits de l’homme…de tout homme, même le plus dégradé, le plus faible ou le plus démuni ! Voilà bien notre identité, voilà bien le message de Jésus de Nazareth.

On cherche des aventuriers qui seront ces témoins dans leur lieu de travail, dans leur famille, dans leur quartier… parmi leurs proches : des gens qui oseront prendre la parole et ne laisseront pas tout dire ou tout faire. Des témoins qui ne se fondront pas dans la masse !

Il s’agit de rien d’autre que  de laisser le Christ envahir notre vie… il s’agit de rien d’autre que de se laisser prendre par le feu de l’Évangile.

Jean-François BORDARIER