En méditant ce évangile, je me suis vite aperçu de son actualité et de son lien avec ce que nous vivons aujourd’hui…. Trois aspects.

Les disciples sont confinés, les portes sont verrouillées. A l’époque, ce n’était pas un virus mais la crainte de la répression, après l’évènement incroyable de la résurrection. Le soir vient, ils ont peur, un peu comme nous ces derniers temps. Ils craignent pour leur vie, leur avenir. De quoi sera fait demain ?

Jésus vient, il se tient au milieu d’eux, de nous et il parle. Il apporte la paix, la plénitude de la vie, liée à la présence bien réelle du Christ ressuscité.

Il ne s’agit pas d’une tranquillité psychologique qui ferait dire que tout redeviendra comme avant. Non, avec Jésus ressuscité, rien n’est plus comme avant! La vie éclate au grand jour et ouvre des horizons nouveaux.

Le deuxième aspect que je retire de cet évangile : « En voyant le Seigneur, les disciples sont remplis de joie ». Mettons-nous à la place des Onze ; après trois ans de compagnonnage, après une mort atroce et déboussolante, Jésus revient au milieu d’eux et ils le voient.

Voir Jésus ! Depuis le 15 mars, nous cherchons à le voir. Privés de sacrements, de rencontres, nous cherchons à le voir, à l’écouter, à le toucher, à le recevoir. Et aujourd’hui, nous avons peut-être ce sentiment… enfin.

Je le vois d’abord dans la communauté rassemblée –au moins en partie-. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Présence réelle de Dieu. Je le vois aussi dans le pain partagé : il nous a sans doute manqué pendant ces deux mois. Prenons et man-geons, ceci est son Corps. Présence réelle parmi nous.

Comme pour les disciples, Jésus nous fait toucher ses mains et son côté. C’est bien lui ! Le Jésus ressuscité est le même que le Jésus qui a souffert et qui se tient au milieu de nous, pour nous accompagner et nous conduire.

Je vois aussi cette présence réelle, dans les semaines et les mois qui viennent, dans nos frères et nos sœurs en humanité ; ils ont besoin de nous. Et c’est pour moi, prioritaire.

Je vois cette présence dans ceux et celles qui, à cause de cette crise, vivent des galères…les pauvres, même si je n’aime pas beaucoup ce mot.

Nous sommes appelés à voir en eux la présence réelle du Christ ceux qui vont subir les licenciements, les commerces et entreprise qui vont devoir fermer mettre la clef sous la porte, pour beaucoup, le manque de nourriture qui va sévir en Afrique, à Lambersart ou ailleurs; la liste est longue. Dans cet hôpital de campagne qui s’annonce, quelle paix vais-je leur apporter ? Quel soutien vais-je leur offrir ?

Oui, la sortie de crise va être terrible pour un certain nombre d’hommes, de femmes, de jeunes…de « pauvres ».

Alors, la messe oui mais pas sans le sacrement du frère. Quel croyant je vais être demain ? Même modeste, ma vocation de disciple-missionnaire est indispensable pour que la Vie triomphe des morts à venir.

Et c’est le troisième aspect de ces cinq versets d’évangile, Jésus propulse ses disciples en avant et il en fait des apôtres, des missionnés : « Je vous envoie » Et il souffle sur eux.
Il m’envoie et souffle sur moi, il nous envoie et souffle sur nous. Ah, le souffle créateur de Dieu ! Souvenons-nous de la Genèse : Dieu souffle son haleine dans les narines de l’homme et l’homme devient un être vivant. Vivant !

Oui, aujourd’hui, nous recevons l’Esprit-Saint, nous recevons ce souffle de Dieu qui nous pousse en avant. Il nous propulse pour être ses témoins auprès des hommes et des femmes d’aujourd’hui.

 

« La paix soit avec vous ! » Voilà ta carte d’identité, Jésus. Tu ne t’annonces pas en disant : Monsieur de Nazareth ou le Fils du Dieu Vivant….

Tu dis simplement : « La paix soit avec vous ! »

Cette paix, tu nous la donnes. Qu’à notre tour, nous puissions l’offrir; qu’à notre tour, nous devenions artisans de paix, poussés par l’Esprit.

Artisans de paix…Si c’était cela notre attestation de déplacement, à nous les chrétiens. Notre cœur de métier… Notre signe distinctif, notre identité.

C’est à la paix que nous porterons aux autres que nous serons reconnus comme ses apôtres.

Une paix qui ne soit pas un vœu pieux ou une résolution de Carême non tenue.

Mais une paix qui soit un engagement, un souffle, un acte militant, un pain quotidien.