13° ordinaire – Année A

« Celui qui ne prend pas sa croix n’est pas digne de moi »

Voilà une expression qui peut faire peur et qui peut paraître bien outrancière !

Remarquez d’abord qu’elle ne l’était pas au premier siècle : ceux qui entendaient la prédication de Matthieu savaient bien que le risque de mourir en croix n’était pas formel. On est là dans un contexte de persécution et le supplice de la croix menaçait les disciples du Christ. Cette manière de mettre à mort qui était réservée aux esclaves était également utilisée pour les chrétiens.

C’est une expression qui avait donc tout son sens au temps de Jésus comme au temps de la première génération chrétienne.

C’est une expression qui a gardé son sens également au long de l’Histoire : Dans tous les coins du monde, des missionnaires, des disciples sont morts martyrs à cause de leur foi au christ. L’Histoire en a retenu quelques-uns, mais ils sont fort nombreux les suppliciés en tous genres au nom de l’Evangile. C’est pas de la littérature ça !

Un jour, je logeais au séminaire des missions étrangères à Paris. C’est la maison -mère des prêtres qui appartiennent à la société de prêtres qui a été fondée au XVII° pour porter l’Evangile en Extrême Orient. En Asie du Sud Est comme on dit aujourd’hui.

Et j’avais vu dans cette maison un panneau indiquant : « Salle des Martyrs ». Et quand j’ai demandé à un missionnaire ce qu’était cette salle… Il m’a dit que c’était la salle où était gardé vivant le sacrifice des martyrs de cette société de prêtres. Il m’a proposé de voir cette salle avec lui. Plusieurs centaines de noms, des documents, des photos de ceux qui étaient partis porter l’Evangile et qui avaient laissé leur vie dans l’aventure. Et ils sont nombreux !

Je dois dire que l’ai ’ai rarement été aussi impressionné que par cette visite !

« Celui qui ne prend pas sa croix n’est pas digne de moi »

La croix, c’est celle de la fidélité. C’est la croix de celui qui sait en qui il a mis sa confiance. Et qui ne lâche pas prise…même dans la bourrasque.

Et puis, vous le savez aussi bien que moi, la croix n’est pas réservée aux missionnaires qui traversent les mers. La croix, elle est aussi chez nous aujourd’hui.

Elle a changé de nom quelquefois : elle s’appelle incompréhension, dérision, critique. Ecoutez autour de vous. Et vous entendrez combien certains souffrent dans leur entreprise, parfois même dans leur famille, ou leur entourage, dans leur école ou leur université  !

L’autre jour, c’était à une réunion avec des jeunes couples, et ils disaient combien croire à la fidélité dans le couple – et oser le dire – c’était passer pour un arriéré.

Refuser de banaliser l’avortement au nom de sa foi et au nom de la conception de l’homme qui en découle, me disaient-ils, c’est être incompris et tourné en dérision.

De même il n’est pas facile de s’élever contre le racisme, contre l’injustice, contre tout ce qui détériore l’homme aujourd’hui. On passe au mieux pour un rêveur, au pire pour quelqu’un qu’il faut faire taire. La croix, pour le disciple aujourd’hui, elle est aussi dans la manière dont on traite le Christ ou l’Eglise dans certains médias ou dans une certaine littérature…ou dans certaines conversations.

La croix n’est pas réservée aux martyrs reconnus. Elle fait partie de l’aventure chrétienne.

La croix, on peut la refuser. On peut faire semblant de ne pas la voir. On peut essayer de la mettre sur les épaules des autres. On peut se battre contre les adversaires. Mais il me semble que le témoin, ce n’est pas celui qui se bat…ce n’est même pas celui qui débat.

Le témoin, c’est l’homme fidèle. Celui qui sait en qui il a mis sa foi.

Rappelez-vous la salle des martyrs !.

Le sang des témoins, leur fidélité – voilà le langage qui dit où est la vérité.

Mes amis, contemplons les témoins…ceux du bout du monde, mais aussi ceux de chez nous. En les voyant porter leur croix, peut-être que la nôtre nous paraîtra moins lourde !