Homélie du 3ème dimanche du temps ordinaire B, 23-24 Janvier 2021. Paroisse de la Trinité-Lambersart- églises Sainte-Thérèse et Saint-Calixte

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la pandémie actuelle nous perturbe. Elle envahit les conversations, limite nos activités, contrarie nos projets, révèle notre vulnérabilité. Elle inquiète aussi parce qu’elle provoque la mort. Elle renforce l’angoisse liée au changement climatique et aux conséquences d’une surexploitation de la nature. Et si c’était la fin du monde ?, s’interrogent certains tandis que d’autres ont peur de donner la vie à des enfants. L’angoisse nous étreint et nous paralyse. Elle génère une lassitude et met à mal notre espérance. Dans ce contexte, qu’en est-il de notre foi ? Comment témoigner de la résurrection ? Comment annoncer l’évangile et que ça ne sonne pas creux ? Beaucoup se questionnent y compris parmi les chrétiens les plus fervents.

La Parole de Dieu de ce dimanche vient à point nommé nous parler de l’urgence de la conversion de Ninive et du temps limité qui s’offre aux Corinthiens, tandis que Jésus annonce : «  les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous. Croyez à l’évangile. » Sa Parole fait irruption dans la vie des gens. Elle bouleverse Simon et André, Jacques et Jean qui laissent leurs filets, leurs barques et leur père, pour le suivre, AUSSITÔT !

A l’évidence, nous ne sommes plus dans le temps long qui s’étire et où l’on peut déployer nos projets. C’est l’heure de Dieu, le Kairos, le rendez-vous avec Celui qui réalise les promesses de Dieu et inaugure son règne. Le retournement est total. Il oblige à abandonner sa logique propre et ses prévisions. Il introduit dans le temps de Dieu. Il confère au croyant une liberté étonnante où l’essentiel n’est plus ce qu’on croit posséder, mais ce qu’on reçoit. Écoutez bien le conseil de l’apôtre Paul aux Corinthiens : « que ceux qui ont une femme fassent comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment » (1cor7,29-31). Voilà des propos qui viennent pour le moins contester notre échelle de valeur et contrarier notre appétit de consommation et de jouissance !

Avec la crise sanitaire que nous vivons, on a beaucoup parlé de retour à l’essentiel. Nous avons ici de précieuses indications : L’essentiel n’est pas dans « ce monde qui passe », mais dans celui que nous recevons de Dieu, celui que Jésus manifeste en paroles et en actes. Ce monde-là ne saute pas aux yeux mais on peut l’apprécier en suivant Jésus, en découvrant sa bonté, en l’accompagnant dans le chemin d’humilité qui va le conduire à la croix. Ce monde-là, c’est le règne de Dieu. Or, nous le savons « il n’est pas ici ou là-bas. » «  Il est au-dedans de nous » (Lc17,21), si nous ouvrons notre cœur à la présence de Dieu et nous laissons aimer par lui. Il est comme une semence, une perle, une promesse. Il ne saute pas aux yeux mais renverse les perspectives, permet d’apprécier la vie autrement, de la vivre en compagnie de Jésus, en alliance avec Dieu.

Faisons notre le psaume 24. Demandons au Seigneur de nous enseigner ses voies, de nous faire connaître sa route, de nous diriger par sa vérité. Ne vivons pas centrés sur nous-mêmes, préoccupés de défendre nos intérêts. Rappelons-nous sa tendresse, son amour qui est de toujours. « Il est le Dieu qui nous sauve ». Accueillons humblement sa bonté et nous avancerons dans l’espérance quels que soient les vents contraires. Alors, avec Simon et André, Jacques et Jean, nous pourrons suivre le Christ jusque dans l’offrande de sa vie et avec eux être témoins de l’amour de Dieu plus fort que la mort. Nous serons alors nous aussi des apôtres, « témoins de la résurrection » (Ac1,22). Amen !

Père Bruno CAZIN, vicaire général