Homélie du mercredi des Cendres 2021, église Saint Calixte, paroisse de la Trinité LAMBERSART, 17 février 2021

Dans nos têtes, le carême est associé au désert, au manque, aux privations, à la tristesse aussi, si bien que nous pouvons aborder ce carême 2021 en pensant : à quoi bon ? Pourquoi vivre ce temps de pénitence, alors que depuis un an, nous subissons tant de contraintes et de restrictions, comme un carême sans fin ?

Justement, prenons le temps de retenir ce que nous avons vécu, en particulier lors du confinement strict. Nous avons éprouvé notre fragilité. Nous avons souffert d’isolement. Les liens amicaux et affectifs nous ont manqué. Nous avons mieux compris leur importance. Nous sommes revenus à l’essentiel tout en aspirant à vivre à nouveau à plein régime quitte à nous laisser prendre dans les sirènes de la consommation et à vivre à la surface de nous-mêmes. Bref, nous sommes « revenus à notre cœur ». Nous avons fait la vérité de notre condition humaine. Peut-être avons-nous goûté au silence et développé notre intériorité ? Peut-être nous sommes-nous davantage prêtés à la prière ? C’est en tout cas l’invitation pressante qui nous est faite aujourd’hui par la bouche du prophète Joël que l’apôtre Paul relaie avec force : « C’est le moment favorable… Laissez-vous réconcilier avec Dieu ».

Jésus reprend les recommandations traditionnelles du judaïsme : l’aumône, la prière et le jeûne. Il reconnaît les vertus de ces pratiques qui permettent de rétablir une juste relation avec les autres, avec Dieu et avec nous-mêmes. Jésus dit « ce que vous faites pour devenir des justes », autrement dit pour vous ajuster à Dieu, être dans une juste relation avec lui et il invite à ne pas en rester à des rites, à des pratiques extérieures qui n’engagent pas et peuvent servir de faire valoir devant les hommes. Il souligne combien ses pratiques concourent à retrouver une relation de confiance avec Dieu qui est Père, un Père qui voit dans le secret, un Père qu’on rencontre en faisant la vérité sur soi et les relations aux autres, un Père riche en miséricorde, un Père qui prend pitié et pardonne.

Ainsi, je vous invite à vivre le carême comme une opération vérité, afin de renouveler votre foi, de découvrir la joie d’être aimés et d’aimer, afin de grandir dans l’identité que vous avez reçue à votre baptême celle de fils et de filles de Dieu. Jésus est un bon guide sur ce chemin de conversion, lui qui est le Fils bien-aimé du Père, le Fils qui restera dans la confiance même dans l’épreuve de la Croix, lorsque tout semble s’écrouler.

Le carême, c’est un temps qui nous est offert pour nous préparer à Pâques, un temps pour découvrir ou approfondir notre condition filiale, un temps pour grandir dans la foi. Purifiez-vous. Simplifiez-vous. Allez à l’essentiel. Revenez à votre cœur. Vivez ce carême comme une opération vérité, un temps pour reprendre souffle et fêter notre renaissance dans la joie.

Père Bruno CAZIN, vicaire général